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Mouvement de résistance

mouvement de résistance

Les syndicats autonomes se sont mués en mouvement de résistance sociale

Cinq syndicats autonomes – snapap,Cnapest, Snapest,  Satef, Unpef –sont à la tête d’un mouvement de protestation monstre qui paralyse lesecteur de fonction publique . D’autres mouvements de débrayage sontprogrammés pour les prochains jours, notamment dans les secteurs de lasanté, de l’enseignement supérieur et de l’administration. Le potentielmobilisateur des syndicats autonomes ne cesse de croître, une évidenceque les pouvoirs publics s’entêtent à ignorer. Le dialogue socialpeut-il s’instaurer dans l’exclusion de ces syndicats ?


par HOUARI Kaddour le (12 Mai 2010)

Le refus de la reconnaissance des syndicats autonomes commepartenaire social ne date pas de cette grève. Ce n’est pas nouveau. Lemouvement syndical autonome, depuis son apparition après laConstitution de 1989, à de rares exceptions, a toujours buté sur lerefus des pouvoir publics d’ouvrir un dialogue social comme lestipulaient pourtant les lois sociales. Je rappelle à ce titre les lois90-02 et 90-14 qui régissent l’activité syndicale et le dialogue socialen Algérie. Les pouvoirs publics n’ont jamais négocié ni amorcé undialogue autour des revendications socioprofessionnelles destravailleurs. Des revendications aussi vieilles que le mouvementsyndical autonome lui-même. Ce qui est par contre nouveau, surtoutdepuis les trois jours de grève des syndicats autonomes de la Fonctionpublique en février 2008 et la grève unitaire d’avril 2008, c’estl’apparition d’un mouvement de résistance sociale. Un mouvement derésistance qui s’installe dans la durée, qui profite du recul desluttes politiques des partis traditionnels et qui traduit aussi lamutation du syndicalisme autonome d’une identité corporatiste qui l’atoujours caractérisé en syndicalisme unitaire. Cette mutation estparticulièrement visible dans le secteur de la Fonction publique où lesluttes syndicales associent à la fois les travailleurs des secteurs del’éducation, de la santé, de l’administration, etc. L’apparition desactions unitaires dans la Fonction publique est essentiellement due aufait que les revendications sont communes. Les syndicats autonomesn’ont de ce fait d’autre option que de transcender leur corporatismepour revenir au syndicalisme unitaire, seul à même d’instaurer unrapport de force nouveau sur la scène sociale et syndicale. On le voittrès bien, c’est la première fois depuis 2003 que les trois paliers del’éducation nationale sont totalement paralysés. L’impact de cettegrève est immense.


- Le gouvernement ne donne aucun signe de fléchissement de sa position, de sa logique. Quel est votre commentaire ?

Les pouvoirs publics ne peuvent pas camper éternellement sur cetteposition qui s’apparente à un déni de la réalité. Tant que le mouvementsyndical autonome était corporatiste, les pouvoirs publics pouvaientencore manœuvrer. Cette marge de manœuvre devient moins évidente avecce syndicalisme autonome, nouveau, associant tous les travailleurs dela Fonction publique et adoptant des luttes unitaires. Le déni de laréalité ne pourra pas durer éternellement. Aussi j’ajoute que cetterésistance sociale traduit incontestablement l’échec du pacteéconomique et social. La réalité vient de les rattraper, pour leurdire, une fois encore, qu’il n’y aura pas de paix sociale en Algérie siles pouvoirs publics ne comprennent pas une vérité historiqueirréversible : seule l’ouverture du dialogue social et lareconnaissance du mouvement syndical autonome comme partenaire à partentière pourra permettre à notre pays d’avoir des mécanismesrégulateurs de dialogue social autour des revendicationssocioprofessionnelles.


- L’Ugta a déserté le terrain des luttes sociales,l’appareil est-il voué à disparaître au bénéfice du mouvement syndicalautonome ?

Je vous donne deux exemples édifiants, qui traduisent à mon sens lescontradictions qui agitent actuellement l’Ugta. Le renouvellement,l’été dernier, de la section syndicale UGTA d’ArcelorMittal est unexemple de mouvement syndical démocratique et revendicatif. Pourdéfendre leur usine, leur emploi, les travailleurs d’El Hadjar ontrepris en main leur section syndicale. Cela s’est fait de manière trèsdémocratique. Pourtant, ce mouvement s’est opéré à l’intérieur del’UGTA. Cette contradiction n’est pas un cas isolé. On peut rappeler lacoordination des syndicats de l’éducation mise en place dans les années1990 par le regretté Redouane Osmane ; c’était sous l’égide de l’UGTA.Cette coordination était le véritable ancêtre des syndicats autonomesde l’éducation. Le deuxième exemple nous vient du syndicat UGTA destravailleurs du port d’Alger. Les luttes des travailleurs de ce secteurnévralgique par excellence sont tout aussi édifiantes. La dynamiqueactuelle, insufflée par les syndicats, les syndicats autonomes surtout,est en train de pénétrer, par capillarité, à l’intérieur de l’UGTA. Unedynamique qui accentue les contradictions qui existaient déjà entrel’appareil syndical traditionnel de l’UGTA, qui lui a depuis des annéesabandonné les luttes revendicatives pour devenir un partenaire à partentière des pouvoirs publics et qui a validé toutes les politiqueséconomiques et le segment revendicatif à l’intérieur de l’UGTA quisubsiste et persiste toujours. Conclusion : le syndicalismerevendicatif et démocratique à l’intérieur de l’UGTA n’a pas disparu.


- Pourquoi, selon vous, les syndicats autonomes n’arrivent-ils pas à investir le secteur économique ?

C’est lié à l’histoire et aux limites du syndicalisme autonome telqu’on l’a connu dans les années 1990, c’est-à-dire corporatiste. Maisattention, même dans le secteur économique, on commence à se battreavec les valeurs du syndicalisme autonome. Autrement dit, unsyndicalisme démocratique, revendicatif. Dans ce climat de détressesociale couplé avec les effets de la crise économique, le secteuréconomique ne peut pas rester en marge de la dynamique actuelle. Iln’est pas exclu de voir en son sein l’émergence de syndicats autonomessi des réponses ne sont pas apportées aux revendicationssocioprofessionnelles de l’ensemble des travailleurs. Tout dépendra dela capacité du syndicalisme autonome à transcender ses clivagescorporatistes ; il pourrait, le cas échéant, servir de repaire pour lesyndicalisme dans le secteur économique, public ou privé