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Evolution du pluralisme syndical en Algérie

Evolution du pluralisme syndical en Algérie


Evolution du pluralisme syndical en Algérie

2. INTRODUCTION :

Cette étude commencera par une tentative de cerner cequ’est le pluralisme syndical et ce afin de se dégager desinterprétations possibles, qui, si elles semblent relever del’ignorance chez les profanes, relèvent chez les autres et surtout desinstitutions de la tentative de cacher l’enjeu social qui se profilederrière la définition.Bien que l’étude porte sur une période s’étalant de la fin des annéesquatre vingt et plus précisément après l’adoption de la premièreconstitution qui inscrit le pluralisme [1],l’on ne peut artificiellement déconnecter l’histoire de l’Algérie,celle du mouvement syndical et du pluralisme syndical de la périoded’avant 1989. Nous verrons que le pluralisme syndical a même été unenjeu très important avant même l’indépendance de l’Algérie.

Une attention particulière sera porté sur la périodeallant de 1989 jusqu’à ce jour, ce qui nous poussera à revenir auxtextes fondateurs, d’abord ceux à portée internationale, convention del’organisation internationale du travail (OIT) en premier lieu puisceux à portée nationale, constitution, lois et réglementation.

S’intéresser à l’aspect juridique du problème estcertes nécessaire mais certainement insuffisant si l’on n’interroge pasla scène syndicale, la pratique réelle, les acteurs et le contexte danslequel ils évoluent, surtout que cette période est l’une de celles quiont été (été ?)les plus difficiles pour l’Algérie [2] post-indépendante.

A cet égard il semble judicieux de distinguer trois périodes :

- Une première période à partir de 1989 jusqu’à l’arrêt des élections législatives [3].

- Une deuxième qui va de l’arrêt des élections à la fin des conditionnalités prévues par l’accord de rééchelonnement [4].

- Une troisième qui s’ouvre avec la drôle d’élection présidentielle [5] qui a vu le président BOUTEFLIKA débuter son mandat.

Cette dernière période qui ne s’est pas encore achevéesemble être, malgré les contradictions internes sinon les luttes pourla maîtrise du pouvoir complet auquel aspire le président, la touchefinale en matière de domestication de la contestation sociale (lacontestation politique paraissant avoir été maîtrisée soit par lamarginalisation de certains courants soit par l’intégration dans le jeuinstitutionnel) en particulier son pendant syndical et ce dans le butd’intégrer (de désintégrer ?) complètement l’Algérie dans la nouvelleconfiguration de l’économie mondiale [6].

3. Définition :

Depuis la création des syndicats autonomes le terme depluralisme syndical a été médiatisé bien qu’il n’existe ni dans laconstitution, ni dans les textes fondateurs du libre exercice du droitsyndical ni même dans la convention 87 de l’OIT qui traite du libreexercice du droit syndical.

On trouvera d’ailleurs dans un article (1) toute ladifficulté pour cerner la notion de pluralisme dans les attendus duconseil constitutionnel français.

Le nouveau dictionnaire encyclopédique Larousse en deux volumes, tome 2, 1998 donne du pluralisme la définition suivante :« Conception politique, sociale, économique, etc.… qui admet la pluralité, la diversité des opinions, des tendances »

Si l’on peut se suffire de cette définition dans unepremière approche il faut néanmoins souligner que cela ne permet pasd’avoir une grille suffisante pour savoir si effectivement dans tel outel pays est respecté le pluralisme, à moins de se suffire duformalisme.

L’encyclopédie Encarta de 1999 ( CD), elle, l’énoncecomme étant « la caractéristique des sociétés admettant l’existence etle libre jeu des idées politiques, économiques, sociales etreligieuses, quelles qu’elles soient… » et ajoute que « dans unesociété régie par le pluralisme, il n’existe pas une élite homogènemais un ensemble d’élites différenciées : élites politiques,économiques, administratives, associatives, syndicales… » puis plusloin « Le pluralisme est donc consubstantiel à la démocratie puisquecelle-ci apparaît comme le produit du libre jeu des rivalités et desinfluences dans le cadre des institutions représentatives ».

Ainsi la deuxième définition ne nous apporte du nouveauque si l’on prend la dernière partie mais la aussi nous restons surnotre faim puisqu’il nous reste non seulement à définir ce qu’est la« démocratie » ainsi que « le libre jeu des rivalités et des influencesdans le cadre des institutions représentatives » et à préciser commentpeut-on se rendre compte qu’il y a effectivement « libre jeu desrivalités et des influences dans le cadre des institutionsreprésentatives ».

Cette deuxième définition nous place brutalement dansla difficulté qu’a rencontré le pluralisme pour être intégré dans lejeu institutionnel Algérien puisque est posée la question de ladémocratie et celle de l’existence d’institutions représentatives dansune période ou ces deux notions brillent par leur absence.

4. Historique de la scène syndicale :

Devant parler de l’évolution du pluralisme syndicaldonc traiter directement de l’évolution du champ syndical et desacteurs qui y évoluent, il paraît logique de faire appel à lacomparaison entre époques, contextes et champs syndicaux.

En premier lieu cette approche risque de se voirdévoyer si l’on ne prend pas la peine de définir ce que l’on cherche àcomparer comme le précise Richard HYMAN dans un article traitant desrecherches comparatives dans le champ syndical ( 2 ). Cet article, bienqu’il concerne d’abord les recherches entre niveaux nationauxdifférents, ne peut nous laisser indifférent car l’Algérie et son champsyndical n’ont-ils pas radicalement changé.

En d’autres termes que doit-on comparer ?Est ce ces institutions que sont les organisations syndicales, est celes fonctions qu’elles remplissent ou qu’elles déclarent remplir ? ouest ce les enjeux qui sont liés à la création de telle ou telleorganisation syndicale.

Il paraît important de n’occulter aucun de ces aspects,institutions, fonction et enjeux que l’on doit articuler au contexte dechaque époque.Enfin s’agissant de l’évolution du champ syndical Algérien, est-elleconforme à l’affirmation suivante « les syndicalismes après avoirparcouru les stades historiques de l’interdiction et de la tolérance setrouvent alors dans celui de la reconnaissance puis celui del’incorporation » avancée dans une étude (3).Si dans le même article ilest souligné que cette conception, qui se fonde sur une évolutionlinéaire et mécanique, pose problème lorsque l’étude porte sur des paysdéveloppés tels que l’Angleterre sous le règne de Margaret THATCHER, onpeut toutefois ajouter que le fait de transposer cela à des pays dontl’environnement socio-économique est très différent (le cas del’Algérie) ne peut que nous inciter à plus de prudence et nous ramène àla problématique de l’étude comparative déjà citée (2). Ce qui appelleà l’extension et au développement des études du champ syndical dans lespays sous-développés à cette époque de néo-libéralisme ou lesévolutions de type linéaire ou mécanique semblent avoir vécues.

Des éléments que l’on peut trouver dans d’autrestravaux tels que ceux ayant trait à l’évolution du champ syndical auMexique ( 4 ),le deuxième (5 ) qui, traitant de stratégie syndicale auniveau international, parle de néocolonialisme syndical et un troisième(6) dont le but est de comparer le rôle des organisations syndicalesdans des pays non développés, sont autant d’indices qui devraientpousser à des efforts soutenus dans cette direction.

4.1. Avant 1962.

Cette époque étant celle de la période coloniale, l’onnotera que les travailleurs algériens ( surtout ceux qui avaientémigrés en France) étaient syndiqués au sein des organisationssyndicales françaises. Cette fréquentation du champ syndical françaisavaient permis aux travailleurs de faire les apprentissages de luttessyndicales et politiques vu la relation forte qui existait entreorganisation syndicale et parti politique.

L’histoire officielle ne reconnaît que l’union généraledes travailleurs algériens (UGTA) comme centrale syndicale unique quifût créée le 24 Février 1956 sous l’impulsion du Front de libérationnationale (FLN) alors même que fût créée l’union générale dessyndicalistes Algériens (UGSA) vers 1955 sous l’impulsion du particommuniste Algérien (PCA), ainsi que l’union syndicale des travailleursAlgériens (USTA) qui fût créée le 14 Février 1956 sous l’impulsion dela deuxième branche du mouvement nationaliste, le mouvement nationalAlgérien (MNA), voir ( 7 ) et ( 8 ).Cette censure ou ce silence fondée sur la trahison dont se serait renducoupable MESSALI Hadj [7]donc le parti qu’il dirigeait, le MNA, et par extension, toutes lesorganisations ayant un lien avec les précédents pourrait être l’acte denaissance du refus du pluralisme, qu’il soit politique ou syndical, ausein du mouvement national.

La réalité du champ syndical à cette époque peutjustement être appréhendée avec la grille de lecture proposée dansl’étude citée (2).En effet on peut souligner que la création de cesorganisations avait pour but la cristallisation d’organisationssyndicales, c’est à dire d’institution (à l’image de celles qui setrouvent dans le pays colonisateur) dont la fonction serait d’abordl’affirmation de la revendication d’indépendance au sein du monde destravailleurs ensuite la défense classique des droits moraux etmatériels des travailleurs Algériens pour l’USTA et l’UGTA. L’enjeuétant alors le prolongement du parti au sein de la masse des émigrésAlgériens en France donc la représentativité d’un courant par rapport àl’autre (représentativité qui deviendra monopole). Il semble quel’enjeu apparaît comme critère beaucoup plus pertinent pour appréhenderet différencier ces organisations syndicales.Ce refus du pluralisme, il est vrai dans un autre contexte, ne s’estréglé que par les liquidations physiques rapportées dans différentescontributions (7) et (8) ainsi que par une alliance politique qui n’apas permis à l’USTA d’adhérer à la confédération internationale dessyndicats libres (CISL) car l’enjeu était la représentation dumouvement national ou plus simplement le monopole du mouvementnational.L’article déjà cité (7) va jusqu’à faire remonter l’absence totale dedémocratie en 1996 à la liquidation du premier syndicat démocratique enAlgérie.

Ce fait, qui a été « expliqué », bien que l’unanimismela-dessus tende à se fissurer, par la nécessité de regrouper toutes lesforces lors de la lutte de libération nationale ne s’est-il pastransformé en argument récurrent (accuser tous les tenants dupluralisme de traîtres) même après l’indépendance pour s’assurer encoreet toujours du monopole de la représentation et de la légitimitéhistorique.

Nous verrons que le pêché originel (articulation trèsétroite pour ne pas dire soumission de la direction de l’UGTA au FLN)est devenu une règle en Algérie. De plus peut-on taire le fait que leFLN dont on parle est celui de la période d’avant l ’indépendance c’està dire un parti ou la lutte pour la direction allait être tranchée aubénéfice des militaires. Cette observation nous semble importante carfaut-il croire que l’UGTA en tant qu’organisation de masse suivait lesdirectives du parti politique (le FLN ) ou celles des « décideurs »,c’est à dire la direction de l’armée, puisque jusqu’à l’épisodeBOUDIAF, c’est toujours un militaire qui a « accédé » à la présidencede la république.

4.2. Période allant de 1962 à 1988 :

Cette période longue de plus de trois décennies demonopole syndical est riche d’évolutions qui collent à cellestraversant le champ politique et plus particulièrement la lutte pour lepouvoir. Il faut noter que dés le premier congrès de l’UGTA (1963) lepouvoir de l’époque avait montré qu’il ne pouvait accepter ou concéderune autonomie quelconque à l’organisation syndicale qui était considérécomme étant la fille naturelle du « Parti » et cela d’autant plus quel’Etat Algérien était un Etat qui avait adopté le « socialisme » il nepouvait y avoir contradiction entre l’Etat qui représentait le peupleet l’organisation syndicale qui représentait les travailleurs.

Said CHIKHI signale dans une étude ( 9) que « lesyndicat n’est pas une conquête de la classe ouvrière mais le produitde l’Etat -Parti pour les ouvriers ».

Cette intervention des autorités prît soit une formedirecte et brutale par l’imposition de direction lors du congrès de1963 et celui de 1968 soit une forme indirecte avec l’introduction del’article 120 dans le statut du parti unique, le FLN.

Cet article faisait obligation à tous les responsablesdes organisations de masse, dont l’UGTA, d’être des militants au FLN )et avait pour but d’évincer tous les éléments de gauche ouprogressistes que ce soit ceux liés au PAGS (parti d’avant gardesocialiste, héritier du parti communiste Algérien ) ou porteurs desmême idéaux.

Ce refus de l’autonomie des acteurs syndicaux, s’estmême développé puisque l’on passe de la constitution de 1963 quiprévoyait dans son article 20 le droit de grève à la constitution de1976 qui ne permet le droit de grève que dans le secteur privé. Cerefus s’est reproduit (sous une autre forme) même après l’entrée del’Algérie dans une nouvelle ère, celle du pluralisme syndical.

En effet la centrale syndicale ne s’est jamais départiede son rôle essentiel d’encadrement et de contrôle et non de partenairesocial des différents pouvoirs qui, malgré leur différence, avaientbesoin de réguler et de maîtriser le monde du travail. N’oublions pasque dés l’année 1986, les premiers effets de la diminution du cours duprix du pétrole s’étant fait ressentir, les répercussions qu’ilsavaient sur le monde du travail nécessitaient, du point de vue desautorités, de tenir d’une main de fer l’organisation syndicale.

Cela ne veut absolument pas dire qu’il n’y a pas eu deluttes au niveau des sections de base ou secteurs (surtout vers la findes années 70) ou même qu’il n’y ait pas eu de tentative d’exiger et dese battre pour une autonomie, les chiffres rapportées par Said CHIKHI (9) ou Abdennaceur DJABI (10) en ce qui concerne le nombre de conflitscollectifs de travail l’atteste.

Cette pratique tendant à s’assurer la fidélité sinon lacomplicité de l’organisation syndicale par le biais de l’impositiond’une direction de la centrale paraît avoir imprégnée tous les autresacteurs et notamment ceux apparus sur la scène politique après 1989 carl’entrisme auquel se sont essayé beaucoup de partis politiques, mêmes’il semble avoir pour cause l’idéologie, indique que l’UGTA était vucomme un navire dont on devait prendre la direction pour en faire uninstrument. Cela enlève en fait tout choix ou intervention desadhérents de base et interdit toute vie démocratique réelle.

5. Évolution du pluralisme syndical de 1988 jusqu’à 2003.

Avant d’aborder l’évolution du pluralisme syndical enAlgérie après 1989, c’est à dire après que la constitution l’inscrivepour la première fois, nous tenterons de souligner la genèse au niveauinternational de ce qui est devenu une liberté fondamentale (le libreexercice du droit syndical) non pas que cette genèse remonte à cettepériode (1989) mais seulement parce que c’est à partir de ce moment ques’est propagé publiquement ce débat, ces idées et les espoirs qui endécoulent, en Algérie.

5.1. Les textes fondateurs.

5.1.1. Conventions et chartes internationales

Le pluralisme syndical, même s’il n’est pas inscritformellement dans le droit du travail, est assimilé aux droits de ladeuxième génération puisqu’il se ramène à la personne en tant qu’êtresocial. Son évolution ne peut être abordée indépendamment del’évolution des droits de l’homme et constituent même une applicationpratique des principes généraux contenus dans la déclaration des droitsde l’homme.Lee SWEPSTON, chef de service de l’égalité et de la coordination desdroits de l’homme du département des normes internationales et desdroits de l’homme du bureau international du travail (BIT) donne unexcellent aperçu de cette liaison dans un article (11) utilisé dans cequi suit.

C’est dans la même période que fût adoptée laconvention N°87 sur la liberté syndicale et la protection du droitsyndical, de l’OIT (organisation internationale de travail ) puisquelques mois plus tard la déclaration universelle des droits del’homme.

La convention N°87 de l’OIT stipule de façon clairedans son article 2 que : les travailleurs et les employeurs sansdistinction d’aucune sorte, ont le droit, sans autorisation préalable,de constituer des organisations de leur choix, ainsi que celui des’affilier à ces organisations à la seule condition de se conformer austatut de ces dernières.

L’OIT s’étant donné des moyens de contrôle et desurveillance de la conformité des textes et des pratiques et mêmed’étude des plaintes (commission d’experts, commission d’investigationet de conciliation en matière de liberté syndicale et comité de laliberté syndicale), c’est à travers les interventions de ces différentsorganes que s’est dégagée une vision plus détaillée de ce que l’ondésigne par le libre exercice du droit syndical.

La première des conclusions qui revient à plusieursreprises est que « la liberté d’association professionnelle n’est qu’unaspect de la liberté d’association en général, qui, elle-même, doits’intégrer dans le vaste complexe des libertés fondamentales del’homme, interdépendantes et complémentaires les unes des autres, etqui comprennent, entre autres, la liberté d’assemblée et de réunion, laliberté de parole et d’opinion, la liberté d’expression et de presseetc. ».

En effet les cas sur lesquels ont eu à intervenir lesorganes du BIT permettent de définir les libertés civilesindispensables à l’exercice des droits syndicaux normaux ;
- Droit à la sûreté de la personne ;
- Liberté d’opinion et d’expression et de réunion ;
- Protection des locaux syndicaux ;
- Situation spéciale dans les états d’exception,
- Personnesvisées : il faut noter ici que bien que la convention N°87 autorisel’exclusion des forces armées et de la police du champ d’application dela convention, de plus en plus de pays ont permis au corps de la policede bénéficier de ce droit [8].

D’autres points qui semblent se situer à la marge, maisqui sont en fait intimement liés au pluralisme syndical, ont aussi ététraités et ont vu l’OIT adopter des positions qui enlevaient auxdifférents gouvernements la possibilité de faire des interprétationsrestrictives.

Ainsi en est-il de la création des organisations sansautorisation préalable car la réglementation de plusieurs pays a tentéde contourner cet aspect par la nécessité de faire enregistrer lademande (ce qui permettait le refus de cet enregistrement) ou le faitd’inclure une approbation préalable discrétionnaire des statuts par lesautorités.En tout état de cause la conclusion que l’on peut retenir est que« l’acquisition de la personnalité juridique par les organisations detravailleurs et d’employeurs, leurs fédérations et confédérations nepeut être subordonnée à des conditions de nature à mettre en causel’application des diverses garanties prévues par la convention N°87 ».

5.1.2. Lois et réglementation Algérienne [9].

Il faut tout d’abord noter que l’Algérie a ratifié en1962 la convention N° 87 de l’OIT et qu’a ce titre les dispositions decette convention devraient faire force de loi en Algérie.

Malgré cela il a fallu attendre une crise trèsimportante qui date du mois d’Octobre 1988 pour voir la nouvelleconstitution de 1989 adoptée par référendum le23/02/989 inscrire lepluralisme syndical.La constitution énonce ainsi le droit syndical, le droit de grève,ainsi que la liberté d’expression, d’opinion, d’association et deréunion.Ces principes contenus dans la constitution doivent néanmoinss’accompagner, comme le note Salwa HAMROUNI (12), de lois et deréglementation qui ne les vident pas de leur contenu comme ils exigentdes garanties pour que soit effectivement respectés et appliqués cesprincipes.

En l’occurrence existe t-il des instances à qui revientde s’assurer en dernière phase de la conformité des textes de lois etde réglementation et à qui est donné le pouvoir de saisir ces instanceset quels sont les moyens de recours dont on peut disposer ?

Ces aspects énoncés, s’ils sont nécessaires, ne sonttoutefois pas suffisants car il serait innocent de croire quel’indépendance des instances citées ou celles de la justice est unechose acquise, notamment en Algérie [10].

Une première lecture de ces lois et réglementationslaisse croire une conformité totale avec la convention N°87 de l’OITquoique que l’on puisse noter les différents points qui ont permis aulégislateur algérien de dénuder la convention d’aspects jugés trop« libertaires » :

1) On distingue très vite la tentation de régenter cedroit par l’article N° 8 de la loi 90-14 lorsqu’il soumet laconstitution effective de l’organisation syndicale non seulement par« le dépôt d’une déclaration de constitution » mais aussi par « ladélivrance d’un récépissé d’enregistrement de la déclaration deconstitution par l’autorité publique concernée au plus tard trentejours après le dépôt du dossier » astuce qui a été largement utilisépar les services du ministère du travail pour refuser la constitutiond’organisations syndicales [11].

2) En outre l’utilisation de termes vagues à géométrievariable a permis aux services du ministère d’avoir un pouvoirdiscrétionnaire en se donnant le pouvoir de décider que lesdispositions contenues dans la loi n’étaient pas respectées par lesstatuts déposés par les organisations syndicales et, dans ce cas,utilisait l’article N°8 pour, soit refuser l’enregistrement, soitrefuser de donner le récépissé qui s’est pratiquement transformé enagrément.

Cela concerne plus particulièrement l’article N°2 quistipule que « les travailleurs salariés d’une part, et les employeursd’autre part, de mêmes professions, branches ou secteurs d’activitésont le droit de se constituer en organisations syndicales à l’effet dedéfendre leurs intérêts matériels et moraux ».

D’ailleurs c’est sur la base de cet article et de soninstrumentalisation par les services du ministère du travail que lecomité des libertés syndicales, suite à une plainte déposée au niveaudu BIT par le syndicat national autonome du personnel del’administration publique (SNAPAP), a interpellé le gouvernement pourlui demander de faire en sorte que les interprétations qui soientfaites ne portent pas atteinte au libre choix des travailleurs (13).

3 ) Le fait de laisser certaines dispositions muettes,ce qui permet un usage discrétionnaire. Ainsi la question dessubventions traitée dans l’article 49 qui stipule que « lesorganisations syndicales peuvent bénéficier de subventions de l’étatselon des normes et modalités déterminées par voie réglementaire »alors que l’on constate qu’a ce jour la réglementation y afférenten’existe pas, ce qui a permis un usage et une affectation arbitrairedes subventions [12].

4 ) Sur la question de la suspension des organisationsqui d’après la convention N°87 ne peut relever que du champ judiciaire,on peut noter que dans l’article 27 cette question est, pour le moinsqu’on puisse dire très floue, puisque dans le même article il eststipulé que « sur requête de l’autorité publique concernée et dans lesconditions prévues à l’article 30 ci-dessous, les juridictionscompétentes peuvent prononcer la suspension de toute activité … » puisplus loin dans le même article « les dites mesures cessent de pleindroit en cas de rejet par la juridiction compétente de la requête,nonobstant toute voie de recours ». Est ce les mêmes juridictions ou lamême juridiction compétente qui prononcent (prononce) puis quirejettent (rejette) ?

D’ailleurs le cas du syndicat islamique du travail(FIS) qui voit sa suspension reconduite tous les six mois depuisplusieurs années est assez symptomatique du traitement réservé aux loiset réglementation.

6) Enfin sur le refus d’appliquer la loi en matièred’instauration des commissions de nature paritaire (participation auxconseils d’administration des organismes de sécurité sociale, conseilparitaire de la fonction publique, commission nationale d’arbitrage )puisque malgré le fait que la loi énonce que se sont les organisationssyndicales les plus représentatives qui y siègent, il n’y a que l’UGTAqui est présente, comme elle l’est d’ailleurs au sein d’autrescommissions nationales (commissions de logement et commission desœuvres sociales, commission nationale d’arbitrage [13]).

5.2. Le contexte

5.2.1. Période entre 1989 et 1992

C’est globalement la période la plus importante pourl’émergence des organisations syndicales (de travailleurs oud’employeurs) puisque sur plus de soixante enregistrements seuls onzedatent de l’année 1993 alors que les restants concernent les années1991 et 1992.

L’ouverture démocratique a alors donné lieu à unbouillonnement au sein de la société dans son désir de prendre (oureprendre la parole).Bien que cette période soit celle d’avant l’arrêt des élections on peutnéanmoins la diviser elle-même en deux sous périodes. La première, sousle gouvernement de M.. HAMROUCHE qui a été le plus loin dans lesréformes libérales (liberté d’expression, de réunion, d’association) etou l’attitude des « pouvoirs publics » semble être restée la mêmepuisque la reconnaissance des organisations syndicales s’est traduitepar des rencontres avec les différents chefs de gouvernement(HAMROUCHE, GHOZALI ) ou les ministres de tutelle de secteurs concernéspar les conflits afin de trouver à travers le dialogue et lanégociation des issues heureuses.

C’est durant cette période que la population Algériennecommencera à entendre des mots qui deviendront familiers : réforme,rééchelonnement, FMI, BM surtout que le chef de gouvernement(HAMROUCHE) déclare vouloir aller à un ajustement structurel « noncontraint ou national », c’est à dire non imposé par le FMI mais avecson accord tout de même.

Cette période s’est terminé avec sa « démission » et aannoncé la fin de la gestion politique de l’islamisme comme elle aannoncé l’entrée en lice dans le champ politique de la récente presse« privée » avec toutes les possibilités de pression médiatiques quideviendront autant d’indices d’affrontements de tendances et derèglements de compte.

Suivra alors une deuxième période avec M.. GHOZALIcomme chef d’un gouvernement qui a eu pour tâche de préparer lesélections législatives dont le premier tour aura lieu le 26 Décembre1991 et c’est le 5 Janvier 1992 que fût créé le comité national desauvegarde de l’Algérie (CNSA) avec la participation de la direction del’UGTA pour appeler à leur interruption. C’est à partir de ce momentque l’on sent déjà la montée en puissance d’une autre attitude et celaà travers l’intervention des différents corps de sécurité qui nes’embarrassait pas de scrupules.Cela commencera par l’intervention de la gendarmerie le 5 Juin 1991 (instauration de l’état de siège qui sera levé le 12 Septembre 1991)pour déloger les militants du FIS alors que le chef de gouvernement(HAMROUCHE) nie avoir donné une directive quelconque dans ce sens, ilsera d’ailleurs remplacé par GHOZALI. On citera pour l’exemple larépression qui s’est abattue sur les enseignants adhérents au CNES quidevaient effectuer un sit in (le 26 Novembre 1992) devant la chefferiede gouvernement alors que le chef de gouvernement (GHOZALI) avait donnéson accord. Le même chef de gouvernement avait promis une enquête poursavoir qui a donné l’ordre de la répression, cette enquête comme cellesqui lui étaient antérieures ou postérieures n’aura sans doute même pasdébuté.

En effet à partir de ce moment on peut noter unedémarche globale d’enlever aux textes existants toutes les promesses delibertés sous le prétexte, qui sera par la suite abondamment convoqué,de permettre le combat sinon l’éradication de l’islamisme armé.

Cela commence par la proclamation de l’état d’urgencele 9 Février 1992 pour une période de 12 Mois qui a été un momentimportant puisqu’il permet l’éviction de la gestion par les civils auprofit des militaires (décret de lutte contre le terrorisme quirenforce les pouvoirs des services de sécurité) tout en permettant lecouplage facile entre toute contestation de l’ordre et celle porté parl’islamisme.

De fait l’existence même d’institutions censées êtrelégitimes (les organisations syndicales) était en porte à faux avecl’installation de structures vides de toute légitimité (haut conseild’état, haut conseil de sécurité, ainsi que le Conseil consultatifnational CCN et conseil national de transition CNT qui faisaient figured’assemblées législatives).L’état d’urgence fût reconduit le 7 Février 1993 jusqu’à l’heureactuelle.

5.2.2) Période allant de 1993 à 1998

Cette période fût difficile pour les Algériens et Algériennes pour plusieurs raisons :

- premièrement,ce fût celle ou les tueries et autres atrocités devenaient quotidiennestout en s’élargissant, dans un premier temps aux artistes, journalisteset intellectuels, le chef de gouvernement de l’époque (BELAIDAbdesslam) avait en quelque sorte préparait le terrain puisqu’ildénonçait, en ces temps d’intégrisme islamiste, leslaico-assimilasionistes alors que son ministre des affaires religieusesle relayait à travers une pseudo-interrogation (pourquoi tuez-vous lespoliciers alors qu’ils ne sont pas communistes ?) et dans un deuxièmetemps à la population sans discernement surtout dans les villages etvilles de l’intérieur.

- deuxièmement,la situation économique devenait désastreuse jusqu’à amener le mêmechef de gouvernement à prôner une économie de guerre pour ne pas signerl’accord de rééchelonnement. Il faut signaler que la détérioration dela situation sociale pour la majorité allait de pair avec unenrichissement trop rapide des milieux qui avaient versés dans le« commerce », d’ailleurs c’est à ces milieux que BELAID fit le pluspeur lorsqu’il parlât d’économie de guerre surtout qu’il voulait« maîtriser » le commerce extérieur. C’est à ce moment que la pressefût encore activée pour participer à son écartement du poste du chef degouvernement.Rédha MALEK qui lui succédera accepte de signer le premier accord derééchelonnement le 8 Avril 1994 donc intègre l’Algérie à l’intérieurdes pays pris dans l’étau des plans d’ajustements structurels, lesnouveaux chefs de gouvernement se verront donc choisis pour en gérerles retombées.

La situation au niveau sécuritaire n’arrête pas de se dégrader malgré les tentatives de solution politique (contrat de Rome [14]),le retour à la « légitimité » des urnes à partir de Novembre 1995 pourles élections présidentielles, les tentatives d’internationalisation duconflit vu les massacres quotidiens ou même le cessez le feu unilatéraldécidé par l’armée islamique du salut (AIS).

De même, profitant de cet état de fragilité totale dela société, les autorités appliquent sans état d’âme toutes lesconditionnalités découlant du PAS [15],et appliquent une politique de « réformes », dont les effets sontdécrits dans (14) et (15), ce qui broient un grand nombre detravailleurs avec leur familles. Autant de drames désignés par lamétaphore de coûts sociaux à payer comme droit de passage pour l’entréede L’Algérie dans le clan des pays sous développés qui adoptentl’économie de marché.

Il faut ajouter que les tueries s’accompagnaient dedestructions considérables d’entreprises, de mairies, d’écoles,d’infrastructures de toutes natures et de matériels qui ne faisaientqu’alimenter la peur et le désarroi.

Ces deux contraintes l’une sécuritaire et l’autreéconomique ont ainsi permis de mettre pratiquement en hibernation lesorganisations syndicales. Contraintes auxquelles on peut ajouter lestentatives réussies ou pas de cooptation des membres des directionssyndicales au sein des instances citées (CCN, CNT, conseil économiqueet social CNES ).

On ne peut tracer un tableau fidèle si l’on nementionne pas le fait que ce fût à cette période que la justice fûtprise dans un étau (installation de tribunaux d’exception, cooptationau sein du conseil de la magistrature des membres de l’administration )et que la presse vécût une période de pression (surtout lorsquel’information touchait au sécuritaire ou aux pontes du régime).En faitcela commençât dés 1990 avec la loi 90-07 sur l’information quiinstitue le délit de presse puis par l’arrêt de la distribution desjournaux étrangers à partir de juillet 1990 puis par l’arrêt en janvier1991 de toutes les accréditations de journalistes étrangers etcontinuera par les suspensions (définitives pour certains) de journauxet de harcèlement judiciaire, tout cela concomitant avec l’assassinatde journalistes et autres travailleurs des média.

Cette période verra la centrale syndicale UGTAparticiper aux réunions de la tripartite (gouvernement, organisationsyndicale de travailleurs et organisation syndicale d’employeurs ) ou àcelle de la bipartite (gouvernement et UGTA ) dont les résultatssignifient tout simplement une co-gestion des plans d’ajustement. Eneffet tout plan de restructuration d’entreprise avec son lot delicenciés et de compressés nécessitera l’accord dûment signé du« partenaire social » qu’est la centrale syndicale.

Cette structure censée être le lieu adéquat de laconcertation sinon celle de la négociation et à laquelle appellent lesinstances internationales (16) ne peut être appréhendée de façonformelle. Malgré cela même les organisations syndicales « convaincues »de l’importance de cette structure et demandant leur participation pourreprésenter leurs adhérents se verront opposer le refus le plus net,les autorités n’ayant pas intérêt à perturber ce tête à tête.

Il a fallu attendre une mesure impopulaire prise par lechef de gouvernement en 1996 (OUYAHIA) tendant à enlever auxfonctionnaires une journée de salaire pour permettre le paiement dessalaires des travailleurs des entreprises étatiques, dont le dossierrevenait pourtant à chaque réunion de la tripartite avec des promessesde solution, pour voir l’UGTA donner de la voix et réussir àtransformer la retenue en prêt.

Bien que plusieurs secteurs et fédérations aient tentéde résister à ce laminage la direction de l’UGTA maintient le cap enproclamant défendre l’Algérie jusqu’à amener son secrétaire général àdéclarer douter de l’efficacité de l’action syndicale et vouloir seretirer du syndicat pour créer un parti (le rassemblement démocratiqueAlgérien RND [16]).Ce dernier fût effectivement créé (21 février 1997) mais après que cesoit assassiné le même secrétaire général ( 28 janvier 1997) prés deslocaux de la centrale syndicale.

En parallèle l’on notera une attitude de répression detout mouvement syndical non docile à partir de cette période, attitudebasée sur le refus d’appliquer la réglementation surtout en matière denégociation.Cela commencera avec la répression que subira le syndicat des pilotesde ligne Algérienne (SPLA) dont la grève (1995) fût déclarée illégaletrès rapidement par la justice avec des licenciements des membres lesplus déterminés ( il est vrai que quelques années plus tard la coursuprême revient sur ce jugement mais ce n’était plus que de l’histoireancienne).C’est aussi vers cette période que la grève du CNES quidébuta le 15 octobre 1996 fût gérée par les interdictions répétées deréunion, de pressions marquée par l’intervention de pratiquement tousles corps de sécurité de la part des pouvoirs (peut- on encore parlerde publics).

Le ministre de tutelle M.. Boubekeur BENBOUZID (en1996) ayant précisé aux membres de la direction du CNES que cela nesert à rien de faire grève puisque l’on vient de voir comment l’Etats’est occupé du syndicat des pilotes de ligne en ajoutant « qu’iln’était pas question de négocier, loi ou pas loi » puisque lanégociation avec le FIS avait mené à la catastrophe.

Cet état d’esprit restera implanté même chez lesenfants du pluralisme politique puisque l’un des Ministres du travailet de la protection sociale ( en 2001 ) Monsieur BOUDJERRA Soltani,membre du parti islamiste HAMAS précisera aux membres du bureaunational du CNES qu’il ne donnera d’agrément à une quelconqueorganisation syndicale que si le ministre de tutelle (secteur ouévoluent les adhérents de la future organisation syndicale) donne sonaccord. Si vous n’êtes pas content, vous pouvez déposer une plaintedevant la justice.A cet égard il est important de noter que l’aspect sécuritaire a permisl’élaboration de nouvelles lois qui permettaient de donner un statutparticulier aux personnels de sécurité.Leur intégration dans tous lescentres et entreprises a permis d’encadrer de manière prononcée toutel’activité sociale même si elle n’avait aucun lien avec l’islamisme.

5.3. La pratique

La scène syndicale et les acteurs

S’il ne fallait que quelques mois après la parution dela nouvelle réglementation en matière de libre exercice du droitsyndical, pour voir les premières organisations syndicales déposéesleur déclaration de constitution auprès du ministère du travail pourles organisations syndicales à vocation nationale et auprès des Walis(préfet) pour les organisations syndicales à vocation de Wilaya, iln’en demeure pas moins que les Algériens avaient vécu depuis 1989 unephase ou l’apprentissage des libertés avait donné lieu à une dynamiqueintense dans tous les domaines donc dans le milieu de travail.

Cette phase avait permis la libération de toutes lesénergies qui jusqu’à présent étaient soit contenues dans la centralesyndicale unique, soit tentaient à l’extérieur de trouver desalternatives en s’impliquant dans le domaine associatif ou dans lesbrèves existences d’expériences de syndicats autonomes.

A cet égard il faut noter ici que la différenciationsociale qui avait travaillé la société algérienne a relégué auxoubliettes les discours et slogans sur l’égalitarisme sinon la justicesociale du « socialisme spécifique » de l’Algérie et ne permettait plusles mêmes modes de représentation syndicale, qui préexistaient. Cetteconstatation étant valable pour un bon nombre de sociétés qui setrouvaient à des niveaux différents que ce soit du point de vueéconomique, politique, sociale ou culturelle, même si le champ d’étudeconcerne surtout les pays développés, (17), (18),(19), (20).

Le corporatisme a alors émergé comme solution évidentenon seulement du fait de la différenciation sociale mais aussi parceque la construction d’un mouvement, dont la profondeur (répartition etnombre de sections au niveau national ) et la consistance (nombre detravailleurs par sections) sont réduits, devient alors plus simple.Surtout que l’on tente de regrouper des travailleurs dont les intérêtsparaissent être les mêmes et qui pensent avoir un degré de nuisancesuffisant, perturbation lors de conflits dans le cas du secteur detransport par exemple ou du secteur de la santé ou pensent conserverencore une valeur, même symbolique, dans le cas des enseignants dusupérieur.C’est dans la classe moyenne qu’il y a eu un rush vers lesorganisations syndicales et l’on constate alors une floraison de sigles.

Dégager des informations pertinentes de l’éventail desorganisations syndicales qui ont vu le jour sur la base de la loi 90-14ne peut se suffire du recensement de ces dernières car nous verrons quemême si elles sont toutes classées en tant qu’institutions de type biendéfinies (organisation syndicale) leur fonction ainsi que l’enjeuqu’elles représentent dessinent un large éventail.

Peut-on faire des comparaisons entre des organisationssyndicales dont le domaine de compétence est l’entreprise, la Wilaya outout le territoire national ou encore peut-on traiter de la même façondeux organisations syndicales à vocation nationale qui diffèrent defaçon radicale par leur profondeur dans l’implantation, par exemple lesyndicat national des pilotes (SPLA) qui a un nombre limité de sectionslocales (équivalent au nombre d’aéroports), l’union nationale dupersonnel de l’éducation et de la formation (UNPEF) qui concernethéoriquement prés de 500 000 personnes ou le syndicat nationalautonome du personnel de l’administration publique (SNAPAP) quiconcerne théoriquement toute la fonction publique en Algérie (prés deun million trois cent milles personnes de personnes ).

Cela nous amène à revenir sur l’éventail desorganisations syndicales qui, pour la plupart ont carrément disparu dela scène syndicale après une existence éphémère.

Ace titre certaines organisations syndicales, de par leur nature, sont autant d’exemples significatifs ainsi en est-il des :

1) Organisations syndicales crées sous l’impulsion departis politiques et dont les membres des directions présentent unehomogénéité idéologique et politique.

C’est le cas du syndicat Islamique du travail SIT qui aprofité de la montée en puissance du FIS, parti actuellement dissous,et qui, suite à l’appel à la grève lancé par ce parti, subi depuis unesuspension qui est renouvelée chaque semestre. C’est aussi le cas de laCOSYFOP (confédération syndicale des forces productives) qui malgré uneimplantation très rapide dans des secteurs vitaux (en particulier lesecteur des hydrocarbures ) a disparu de la scène syndicale sousl’effet apparent de l’adversité de l’administration et de la centraleUGTA mais surtout parce que la direction de parti ETTAHADI (né du PAGS)avait demandé à ces militants de cesser toute activité syndicale parcequ’elle considérait cette dernière comme affaiblissant l’Etat algérienalors que ce dernier était engagé dans une lutte sans merci contrel’islamisme armé.

Le cas de la SATEF est encore plus significatif puisqueson implantation principale (région du centre du pays à fortepopulation Amazigh) ajoute une homogénéité culturelle en plus de laproximité [17] de membres de sa direction avec le FFS (Front des Forces Socialistes).

Ces organisations syndicales ont dès le début, la mêmeambition, c’est à dire représenter une grande partie des travailleurs,tous secteurs confondus. Cela est moins évident pour le SATEF du faitdu particularisme qu’il traînait.

1) Organisations syndicales dont le corporatisme concerne un secteur ou une profession.

On peut sur cette question souligner que la constantedans l’activité syndicale ou au moins dans l’existence formelle ou laprésence médiatique a été le fait des corporations représentants lafraction la plus aisée de la classe moyenne (corporation de profession)avec un personnel réduit par rapport aux autres catégories (médecins etmédecins spécialistes, enseignants du supérieur, pilotes de lignes,contrôleurs aériens )

On peut souligner la place particulière qu’occupe :

- LeSNAPAP qui après une période de proximité avec le pouvoir tente de sefaire une place au sein de la fonction publique avec tout l’éventail dupersonnel qui en dépend. Les tentatives menées par cette organisationsyndicale pour s’installer hors de la fonction publique (seule ou avecd’autres organisations syndicales) en font le premier concurrent del’UGTA surtout que ce fût la première organisation syndicale à porterplainte devant le BIT (op cité 13) contre le gouvernement algérien, cetacte a porté atteinte à l’image que voulait se donner le pouvoir enAlgérie auprès des instances internationales avec, évidemment, lacontribution de l’UGTA. Le milieu dans lequel évolue la majorité desadhérents de cette organisation syndicale (l’administration à tous lesniveaux) semble imprégné la grande majorité des membres des directionsdes sections de cette organisation syndicale et constitue un des plusgrands handicaps pour son évolution.

- Lesyndicat des magistrats ( SNMA) de par la pression à laquelle estsoumis le secteur de la justice en Algérie des années 1990.

- lesyndicat des journalistes ( SNJ) qui reste prisonnier de l’emprisepolitique, vu l’enjeu que représente à la même période la maîtrise del’information sinon la désinformation et la manipulation très bienillustré dans deux ouvrages Chalabi (21 ) et ANCER (22 ) dont lesauteurs, bien qu’ayant des appréciations différentes sur la presse« privée ou libre », se rejoignent pour décrire ce monde complexe.

- LeConseil National des Enseignants du Supérieur (CNES) qui après unetraversée du désert (1993-1996) après la cooptation de son secrétairegénéral au sein du conseil national de transition (CNT) a pu s’inscriredans une ligne syndicale revendicative radicale ( des grèves deplusieurs mois malgré le contexte ) et a acquis ainsi une placeparticulière au sein du champ syndical. D’ailleurs il semble que c’estsur ces traces que marcheront les deux organisations syndicales qui ontémergées au sein du secteur de l’éducation à partir du printemps 2003avec la même radicalité [18](CNAPAST et CLA).Gageons que l’avancée de ces deux organisationssyndicales ne peut que favoriser le réveil des autres paliers del’éducation (premier secteur employeur dans la fonction publique).

Si dés la création on a constaté une adhésion presquetotale du personnel concerné aux organisations syndicales et cela vules effets de la politique économique menée, avec le temps on sent unessoufflement dû à plusieurs causes :

- Al’adversité totale de la part des différentes autorités qui ont vouluinstaller la résignation comme seule perspective, aidés en cela par leclimat de terreur et de désarroi qui régnait ainsi que par lespolitiques de manipulation et de cooptation abondamment utilisées.

- Ala diffusion de plus en plus importante de l’individualisme surtout quele libéralisme semblait devenir une solution pour une partie de laclasse moyenne qui se voyait offrir des opportunités soit dans le cadreinstitutionnel ( intégration dans l’appareil administratif et oupolitique et ce à tous les niveaux) soit dans l’intensification dutravail (recours abusif aux heures supplémentaires, deuxième poste dansle secteur privé, mobilisation du savoir dans le commerce et autresactivités).

- Enfinau fait que, contrairement à ce qu’essaient de colporter le pouvoir etcertains analystes, les luttes syndicales ont permis, surtout auxcatégories supérieures des couches moyennes, d’améliorer leur sort [19](même si cela ne peut être que conjoncturel). Sur cette question ilsera bon d’ajouter que ce peut être un indice du fait que les autoritésdécident de ne pas trop s’aliéner cette fraction des couches moyennes.

6. Les tendances

6.1. Recomposition syndicale et transformation sociale en Algérie

L’évolution du champ syndical ne peut être appréhendéeen dehors de l’évolution du contexte politico-économique, qui jusqu’àprésent voit le libéralisme économique s’installer comme seul horizonavec ces variantes culturelles « nationalistes » « islamistes » et« démocrates » alors qu’en politique le poids et l’influence desorganes de sécurité continuent de verrouiller le champ des libertésfondamentales avec le silence complice des partis politiquesconstituants l’alliance au gouvernement.

La persistance des attentats et tueries, la montée en puissance du mouvement des Archs [20]au sein d’une partie de la région centre du pays, l’état de révoltepermanent de la population et enfin le nouveau contexte qui s’estdessinée depuis le 11 septembre 2001 (ou les droits de l’hommedeviennent une préoccupation secondaire) sont autant de pseudo-raisonspour le maintien de l’état d’urgence.

Mais les retombées sociales des différentes coupes etajustements n’en finissent pas de travailler la société, même sijusqu’à présent seule une partie des travailleurs s’est donnée le moyende se défendre.Les différents « pouvoirs » ont pu jusqu’à présent maîtriser latransformation du champ économique à l’aide de l’emprise qu’ils avaientsur l’UGTA, ainsi le secteur des industries lourdes, qui fût à uncertain moment un bastion des luttes syndicales, n’en finit pas desubir restructuration sur restructuration et interpelle ceux qui, del’intérieur de l’UGTA, espéraient pouvoir résister. Le secteur dutextile, des industries de transformation, de distribution, celui despostes et télécommunications n’ont pu résister aux coups de boutoir,malgré ou à cause du monopole exercé par l’UGTA.

Certains secteurs très importants restent àrestructurer notamment celui de l’énergie qui est à la source de larente (électricité et surtout gaz et pétrole), la résistancequ’opposent les travailleurs à travers l’UGTA (et même une partie de labureaucratie et du pouvoir qui prospèrent à l’ombre de cette rente)risque de ne pas suffire. Comme il se peut que soit fait le choix nonpas uniquement de la répression comme celui qui a été fait par leNigéria (23) pour le syndicat du pétrole mais celui d’un pays comme leMexique qui a pu acheter la complicité d’une partie des travailleurs etdu mouvement syndical dans le secteur des hydrocarbures(24).

A noter la présence d’un syndicat des travailleurs del’énergie (STE) qui, pour le moins qu’on puisse dire, ne s’est pas tropfait remarquer.La fonction publique, elle, qui est promise à une transformationtypique pour diminuer les dépenses sociales, voit son statut être remissur le tapis tous les trois années puis retiré vu les contestations. Latentative faite pour que le nouveau projet puisse empêcher lessolidarités (statut divisé en quatre pour qu’il n’y ait pas de liaisonsentre les différents corps) n’a pu se concrétiser mais restera sûrementle modèle de variante proposée.

L’État en lançant une politique d’ouverture etd’expansion du secteur privé au sein de la fonction publique (éducationet santé) sait que cela servira à diminuer l’impact des organisationssyndicales puisqu’une partie des adhérents seront avalés par lesopportunités et les tentations.

Cette pratique est en fait déjà mise à l’œuvre puisquedans le secteur de la santé le va et vient entre secteur public etprivé est permis comme est permis le phénomène des heurescomplémentaires données par les enseignants, à titre privé, depratiquement tous les paliers de l’éducation et cela même en utilisantles locaux des établissements publics.

Il faut ajouter qu’une partie, de plus en plusimportante, de la population (jeunes exclus du monde de l’éducation etdu travail, travailleurs ayant vécu le licenciement et les compressionsd’effectif) restent sans moyen de défense, il ne semble pas que lesorganisations syndicales feront dans un proche avenir un pas vers cescouches. Seule une démarche nouvelle, dans sa composante et dans sonesprit, pourra apporter une autre alternative.

L’absence de syndicalisation dans le secteur privé [21]alors que ce dernier prend de plus en plus d’importance, l’existence dezones ou le droit du travail n’est pratiquement pas pris en compte parles agences de travail privées installées au Sud [22]dans le secteur des hydrocarbures (au bénéfice des entreprisesétrangères), le souhait des autorités de revoir la réglementation dutravail [23]dans le sens d’une plus grande restriction des droits, le projetd’installation de zones franches sont autant de défis qui interpellentle monde syndical.

Le mouvement syndical présente jusqu’à présent uneconfiguration éclatée de plusieurs organisations syndicales bien qu’ily ait eu quelques tentatives de confédération (par le haut) ou même deprise en charge d’actions communes.

Il est à souligner le refus constant du ministère dutravail, quels que soient les gouvernements et les ministres depuis1993, de permettre la création de confédérations syndicales dans lesecteur économique. Une première tentative faites par troisorganisations syndicales en 1993 (toutes les trois du secteuréconomique) de création du CSA (confédération des syndicats algériens)se vit opposer un refus de la part du ministère du travail (enviolation des conventions de l’OIT) sous le prétexte qu’il fallait queles organisations syndicales qui activent dans le secteur public soientprésentes.

Alors que cette condition est remplie lors de latentative de création de la confédération algérienne des syndicatsautonomes (CASA) sous l’impulsion de cinq organisations syndicales, lemême ministère rejeta cela en spécifiant que la confédération nepouvait être crée que dans la fonction publique.

Le débat nécessaire pour présenter une approche communetarde à se faire, ce qui a bloqué jusqu’à présent une capitalisationdes expériences et une vision de ce que sera la place de ce mouvement àcourt et à long terme. Si les syndicats autonomes réussissent àmaintenir l’exigence de l’autonomie par rapport au pouvoir et non pas àl’UGTA comme l’avance Abdennaceur DJABI ( 25 ) l’exigence d’un travailcommun et solidaire souffre de l’absence de cette vision et d’un modèled’articulation des différentes organisations syndicales.

Faut-il intégrer l’intervention de la fondation allemande FRIEDRICH [24]comme solution puisque cette fondation est connue comme instrument depropagation du modèle allemand (26 ), qui a ces propres particularitéset que l’on veut transposer dans un autre contexte. Les interventionsde cette fondation auprès des organisations syndicales (en refusantd’aborder les questions politiques sous le prétexte de ne pas s’ingérerdans les affaires internes) laissent croire que le déficit dedémocratie, le refus de négocier, le non-respect des droits relèvent deces organisations et non pas des pouvoirs installés. D’ailleurs seulecette fondation a pu faire se rencontrer des délégués syndicaux del’UGTA et de la SNAPAP dans le cadre de la formation syndicale qu’ellepropose. Une contribution (27) parue dans le journal de la FSU etportant sur le syndicalisme européen note cette tendance à l’hégémonie(sans effort) du modèle allemand.

La réflexion et le travail nécessaire pour que larecomposition syndicale aboutisse demandent beaucoup d’efforts car enl’absence d’autonomie donc de médiation du politique les conflitssociaux ne peuvent être que violents.

6.2. Mouvement syndical et mondialisation

La répression, le manque de culture syndicale etpolitique, la dépolitisation fruit de plus de dix années de laminage dela société, font que la réflexion des organisations syndicales sur leurplace dans la mondialisation ou même leur place dans le nouveau paysagecrée par l’accord d’association entre la communauté européenne etl’Algérie est carrément absente.

Même si les prises de position des uns et des autrescitent souvent les effets désastreux des institutions financièresinternationales et dénoncent la logique libérale, aucune importance nesemble être accordée à la mise au point de stratégies allant dansl’infléchissement de cette politique.

D’ailleurs même les premiers contacts avec lesorganisations syndicales des autres pays l’ont été pour des motifs quiavaient si peu à voir avec le souci de réflexion et d’articulation maisplutôt pour, soit des raisons politiques (faire pression sur le pouvoiralgérien) quand la SATEF, à l’aide du FFS, a pu entreprendre descontacts et s’affilier ainsi à l’internationale de l’éducation (IE) etnouer des contacts avec les syndicats français surtout, soit pourbénéficier d’un minimum de protection, cas du SNAPAP qui a du yrecourir vu la pression à laquelle étaient soumis ces adhérents(relation avec le BIT, affiliation à l’internationale des servicespublics).

Le mouvement syndical en Algérie ne peut espérer jouerun rôle quelconque dans le mouvement syndical mondial que s’il devientun acteur à part entière dans son propre pays. En effet la situationactuelle place les organisations syndicales Algériennes en situation dequémandeurs auprès des autres organisations syndicales, ce qui ne remetnullement en cause la solidarité que l’on est en droit d’espérer de cesdernières.

La différence criarde entre les priorités qu’impose lecontexte des pays tels que l’Algérie par rapport aux pays européens, lafaiblesse de l’expérience acquise en matière de pratique et luttessyndicales, le manque de moyens financiers allié aux contraintesimposées par le refus de la liberté de circulation sont autant deraisons qui doivent inciter les organisations syndicales à prendre encharge le minimum de solidarité et d’ouverture en Algérie même pourpouvoir ensuite réfléchir à une stratégie, au sens politique, quipermettra de penser d’abord régional puis mondial.

A cet égard il est pour le moins surprenant que lecontact entre organisations syndicales au niveau maghrébin ou Africainsoit occulté, ce qui n’est qu’un indice de l’absence totale deréflexion sur la question. Ne serait pas le reflet de la non-maturitédu mouvement syndical algérien surtout quand on entend un grand nombrede membres de direction (ainsi que des adhérents de base) de cesorganisations syndicales se conforter dans un corporatisme des pluségoïstes et pénalisant à long terme, signifier et crier leur refus dela politique ou même leur apolitisme, ce qui n’est au fond qu’une despositions politiques des plus classiques.

Aussi se surprend-on à lire des articles (op cité 25)ou l’on accuse les organisations syndicales de sur politisation alorsqu’en fait c’est l’absence totale de politique ou le règne del’opportunisme qui peuvent décrire l’état actuel. A moins bien sur dedécrire la complicité de la direction de l’UGTA ou de n’importe quelleautre organisation syndicale avec tout ce qui peut se prévaloir dupouvoir comme relevant du politique.

Faut-il ajouter qu’il semble que les organisationssyndicales européennes (surtout françaises vu les contacts historiquesentre l’Algérie et la France) semblent accompagner la formation de lacommunauté européenne dans l’espoir de formation d’un pôle face à celuides Etats Unis [25],ainsi que cela est noté dans (27) et dans (28), donc semblent adopterune configuration qui ne peut répondre aux préoccupations desorganisations syndicales des pays du Sud.

De même, on peut ajouter que dans cette phase demondialisation les chancelleries étrangères présentes en Algériesemblent suivre de prés ce qui se passe dans le champ syndical etcommencent à avoir des approches, certes encore timides, vers ceux quiseront sûrement dans un proche avenir des interlocuteurs.