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Syndicats autonomes algériennes

Organisationssyndicales algériennesOn en recense prés

Organisationssyndicales algériennes


On en recense prés de 70syndicats en Algérie mais tous n’ont pas le même degré de représentativité nimême d’autonomie.

En voici quelquesuns :

Secteur public

* Snapap :Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique. Présentessentiellement dans le secteur public, surtout la santé. Revendique 250 000adhérents.

* SNPS :Syndicat national du personnel de la santé.

* SNPSP :syndicat national des praticiens de santé publique.

Éducation

* Cnapest :Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire ettechnique. Implantation nationale. Non agréé par le pouvoir malgré sa fortereprésentativité. Revendique 64 000 adhérents. Agréé en 2007.

* SNTE :Syndicat national des travailleurs de l’éducation. Agréé. Revendique 20 000adhérents

* Cnes :Conseil national des enseignants du supérieur. Équivalent du Snesup français.Syndicat né d’une longue grève, il est largement représentatif et a été reconnupar les autorités en janvier 1992. Revendique 10 000 adhérents.

* Satef :Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation. Siège àTizi Ouzou. Implanté dans 28 wilayas. Agréé par les autorités.

* CLA :Conseil des lycées d’Alger. Syndicat d’enseignants et de personnel dusecondaire. Non agréé malgré sa forte représentativité.


 Complément sur le SNPSP

Par Salima Mekriche

Le SNPSP est le syndicatnational des praticiens de santé publique. Il regroupe les médecins, leschirurgiens-dentistes et les pharmaciens de la santé publique qu’ils soientgénéralistes ou spécialistes. Après les événements d’octobre 1988, lespraticiens se sont constitué en association nationale avant de se convertir en1991 en syndicat autonome, c’est-à-dire non affilié à l’UGTA (agrément du 15mai 1991).

Le SNPSP est l’un despremier syndicat autonome en Algérie. Parmi les acquis arrachés aux pouvoirspublics, grâce à la détermination et à la mobilisation du SNPSP, on peut citerle glissement catégoriel de tous les praticiens de deux catégories ainsi queles primes d’intéressement, de documentation, de contagion.

Malgré le recul desacquits d’octobre 1988, les manœuvres de déstabilisation, de manipulationd’intimidations et le verrouillage des libertés syndicales le SNPSP continueson combat.

- Le 20 novembre 2007, 9syndicats autonomes se sont regroupés au siège du SNPSP en intersyndicale de lafonction publique pour débattre d’une action commune afin de dénoncer lanouvelle grille salariale de la fonction publique élaborée par les pouvoirspublics et le syndicat maison UGTA.

- Le 29 novembre 07, unelettre ouverte au président de la république rédigée par l’intersyndicale de lafonction publique a été publiée dans les journaux et notamment sur www.elwatan.com


 Le mouvement syndical en Algérie et la dynamique dessyndicats autonomes

Juillet 2006

Par Adel Abderrezak,enseignant universitaire, ancien membre de la direction nationale du Cnes

1. Syndicat etnationalisme : une histoire mêlée !

• Le syndicalisme prendplace entre colonisation capitaliste et émergence du mouvement ouvrier :c’est un syndicalisme revendicatif et de classe, rattaché au mouvement ouvrierfrançais et dont la composante est faiblement indigène.

• La lutte nationalistepousse les travailleurs algériens à se détacher des syndicats français et desluttes corporatistes pour s’inscrire dans le combat pour une nation algérienneindépendante. C’est la naissance de l’Union générale des travailleurs (UGTA)d’Aïssat Idir en février 1956.

• L’UGTA est née, surordre du Front de libération nationale (FLN), de la lutte de libération pourrassembler et organiser les travailleurs sur l’idée nationale, en essayantd’effacer toute dynamique de revendications socioprofessionnelles ou tout lienavec le mouvement ouvrier. L’objectif premier était l’intérêt de la nation, unenation à libérer, et la conscience nationale prenait le pas sur la consciencesociale.

• C’est à cette logiqueque l’UGTA est restée attachée après l’indépendance. Servir la nation algérienneindépendante, c’est donc servir l’État qui construit cette nation, et c’estdonc finalement servir le pouvoir qui occupe et s’approprie l’Etat-Nation.Fondamentalement, l’UGTA est restée prisonnière de cette vision nationaliste eta assuré la fidélité du monde du travail aux différents pouvoirs qui se sontsuccédés.

• Son histoire a été enpermanence une histoire de dépendance envers l’État et d’occultation del’intérêt du travailleur au profit de l’intérêt de l’État, sachant que celui-ciest un lieu de pouvoir, de gouvernance et de jeux d’intérêts sociaux et declasse. Ce n’est pas dans l’autonomie que l’UGTA a construit son identitésyndicale mais en tant que relais du gouvernement dans le monde du travail. Lesmultiples tentatives de radicalisation ou de combativité de la centrale – lesgrèves générales par exemple – ont été plus l’expression d’une basetravailleuse en colère que d’une ligne syndicale autonomisée.

• C’est dans ce contextede syndicat unique, instrumentalisé par les gouvernements, que la bureaucratiedirigeante de l’UGTA va se trouver confrontée à la naissance des syndicatsautonomes.

2. Libéralisationéconomique et crise sociale

• L’émergence dessyndicats autonomes est intervenue suite à l’échec de l’UGTA à se détacher dela tutelle des gouvernements – congrès de 1964, de 1978, évènements d’octobre1988 (1), les périodes de luttes et de grèves générales etc. – et devant lamontée de la crise sociale latente, amplifiée par la politique delibéralisation et de privatisation de l’économie engagée depuis 1990.

• L’économie algériennes’est construite autour de la rente pétrolière et d’un secteur publicindustriel consistant. Dans ce contexte, une classe ouvrière importante estapparue, produite en partie par l’exode rural, avec ses aspirationsd’émancipation sociale, ses élans revendicatifs et son attachement au secteurpublic. Mais le populisme du pouvoir politique et son emprise sur la centralesyndicale ont empêché la cristallisation d’une conscience revendicativecontinue et l’expression autonome des luttes syndicales et sociales.

• La crised’octobre1988, avec la dynamique de libertés et d’autonomie politique etsociale que ces évènements ont créés dans la société, sera le point de départde l’émergence de syndicats autonomes, aussi bien dans le secteur économiquepublic que dans la fonction publique. L’UGTA ayant quasiment bradé lestravailleurs dans la lutte contre les restructurations et les privatisationsdes entreprises publiques – secteur pétrolier, électricité et gaz, métallurgie,etc. – des syndicats autonomes vont naître dans ces industries. Ils seront viteconfrontés à la double difficulté de subir l’adversité de la direction del’entreprise et la nuisance délibérée des bureaucraties syndicales locales.

• L’affaiblissementprogrammé du secteur économique public déplace les enjeux et les conflits auniveau de la fonction publique où prédomine aussi bien l’administrationpublique que le secteur de l’éducation, l’enseignement supérieur ou la santé.Ce sont dans ces secteurs que sont apparus les syndicats autonomes les plusactifs, les plus combatifs et porteurs d’une nouvelle dynamique syndicale enAlgérie.

• La crise économique etsociale latente depuis les années 80, aggravée par la chute de la rentepétrolière en 1986, abrisé partiellement l’écran populiste porté par le gouvernement et l’UGTA et alibéré l’action syndicale. Les politiques des années 90 liées à lamondialisation libérale, en particulier celles prônant le désengagementéconomique et social de l’État et la privatisation, suscitent inquiétudes etmécontentements dans le monde du travail.

• La diminution desbudgets sociaux et éducatifs, le gel des salaires et la baisse du pouvoird’achat provoquent des réactions de colère et de rejet exprimés, par exemple,par les longues grèves du Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes)à l’université ou les grèves de protestation dans le secteur de l’éducation etla santé et, dans une moindre mesure, dans l’administration publique.

3. La fonctionpublique : espace d’expression des syndicats autonomes

• C’est dans lessecteurs de la fonction publique que la résistance concrète à la politique delibéralisation économique est la plus radicale et la plus combative, même si ellepasse par le détour de revendications corporatistes. Le corporatisme est uneréaction de catégories socioprofessionnelles qui s’inquiètent d’unemondialisation s’appuyant sur le principe du laisser-faire et où la logique dumarché émiette les métiers, change la sociologie du monde du travail etparcellise le travail au quotidien. Tout ceci se faisant dans le cadre d’uneintensification du travail concret et d’un autoritarisme exacerbé.

• Le corporatisme n’estni une réaction conservatrice, ni l’expression d’une a-conscience sociale, maisle besoin de défendre des métiers « dévalorisés » par les marchés etpourtant indispensables au développement d’un pays retardataire. Voilà pourquoiles logiques marchandes ne sont pas toujours des logiques de développement.

• Le rejet par les pouvoirspublics des revendications salariales des enseignants, des médecins, desparamédicaux, des vétérinaires ou des personnels administratifs dans lafonction publique a toujours été justifié par des argumentaires élaborés par desinstitutions économiques internationales comme le FMI ou la Banque mondiale. Celles-cioeuvrent pour les marchés financiers et les firmes multinationales pourlesquels le profit est le seul critère de mesure de valeur de l’être humain.

• Les luttes revendicativesdans la fonction publique ont discrédité durablement l’UGTA (Snes, FNTE, FNTS,…) (2) et favorisé la multiplication de syndicats autonomes. Le relais a étépris par le Cnes dans les universités, le CLA et le Cnapest dans l’éducation(3), le Snapap (4) dans certains secteurs de l’administration publique etc.,effaçant partiellement ou totalement la représentativité syndicale de l’UGTA.

• La liste des syndicatsautonomes est longue – 70 environ – mais leur degré de représentativité, leurprésence active et réelle dans les luttes revendicatives, leur niveaud’accointance avec le pouvoir administratif, leur stratégie revendicative etleur niveau de fonctionnement font la différence entre les unes et les autres.Cette diversité peut rendre difficile les logiques unitaires, les coordinationssyndicales et les fronts syndicaux nécessaires pour affronter en commun les pouvoirspublics sur le terrain des revendications salariales, sur le statut de lafonction publique ou sur la question des libertés syndicales.

• L’hétérogénéité dessyndicats autonomes, le caractère pragmatique de leur culture syndicale,l’expérience encore rudimentaire chez certains et même parfois unfonctionnement peu démocratique, voire bureaucratique, font que beaucoup dechemin reste encore à faire. La dynamique des syndicats autonomes doittransformer fondamentalement le paysage syndical et participer durablement etefficacement à la rénovation du mouvement syndical. Cela dans le sens d’un syndicalismeindépendant des pouvoirs publics, un syndicalisme démocratique dans sonfonctionnement et sa représentativité, un syndicalisme différencié dans sesexpériences mais unitaire dans ses luttes. Ce syndicalisme doit prendre encharge les nécessaires débats sur la préservation du secteur public, la défensedu pouvoir d’achat des salariés, la libéralisation des services et desformations, la contractualisation dans l’administration, la polyvalence desfonctions dans le travail, la multiplication des taches non payées ainsi que laquestion du droit de grève et de l’exercice du droit syndical.

• C’est tout unprogramme d’action qui passe par le débat démocratique entre les différentssyndicats autonomes mais qui ne doit pas exclure des secteurs de l’UGTA qui ontprouvé une capacité d’action et de mobilisation remarquable et qui aspirent àune UGTA plus combative et plus autonome. Le chemin à parcourir est très longmais il est obligé car les pouvoirs publics et leur relais qu’estl’administration sont plus que jamais omnipotents.

Notes

1. Grèves, manifestations,émeutes. L’armée tire sur de jeunes manifestants : 500 morts.

2. Snes : Syndicatnational de l’enseignement supérieur, FNTE : Fédération nationale destravailleurs de l’éducation, FNTS : Fédération nationale des travailleursde la santé.

3. CLA : Conseildes lycées d’Alger, Cnapest : Conseil national autonome des professeurs del’enseignement secondaire et technique.

4. Snapap :Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique.


 Communiqué de Solidaires Mission de l’Union syndicaleSolidaires en Algérie

Une délégation del’Union syndicale Solidaires s’est rendue en Algérie du 27 novembre au 1erdécembre 2006 à l’invitation du principal syndicat autonome, le Syndicatnational autonome des personnels de l’administration publique (Snapap). Cettedélégation était composée de responsables nationaux de Solidaires et desorganisations suivantes : Syndicat national unifié des impôts (Snui),SUD-Éducation, SUD Collectivités territoriales, SUD Pompiers, SUD PTT, Syndicatnational des journalistes (SNJ).

Cette mission a permisde rencontrer les différents syndicats autonomes algériens et la Ligue algérienne de défensedes droits de l’homme (LADDH). La délégation a été reçue par la direction dedeux grands quotidiens nationaux, El Watan et El Khabar. Un premier bilan a étéfait sur place à Alger vendredi 1er décembre lors d’une conférencede presse. Aujourd’hui, alors même que la Constitution algérienneprévoit explicitement le principe des libertés syndicales (article 90-2),celui-ci n’est pas respecté en Algérie. Les syndicats autonomes sont victimesd’entraves à leur activité syndicale, de harcèlement et de répression contreleurs militants. Le droit de grève et de manifestation n’existe pas aujourd’huidans les faits en Algérie.

Le gouvernement algériens’est félicité de la signature d’un « pacte social et économique » ily a quelques mois entre le gouvernement, le patronat et l’UGTA, seule centraleofficiellement reconnue et qui entretient des liens très étroits avec le pouvoir.Ce pacte prévoit une « trêve sociale de 4 ans » ! Il estrévélateur d’une absence totale de dialogue social reposant sur une vraielégitimité des partenaires sociaux. En refusant de reconnaître officiellementles syndicats autonomes qui sont aujourd’hui en Algérie les vrais syndicatsmajoritaires, le pouvoir algérien entretient une démocratie de façade, alorsmême que le peuple algérien aurait besoin de plus de démocratie pour maîtriserréellement et collectivement son avenir.

Le développement desinégalités sociales, de la précarisation, de la pauvreté s’ajoute à un chômageimportant. Les politiques menées par le gouvernement algérien, sous pression duFMI et des grandes puissances comme la Franceet les États-Unis, vont dans le sens d’un affaiblissement du secteur public auprofit des multinationales étrangères dans la production et la distribution desressources nationales algériennes. Cela aura aussi pour conséquence de rendreplus difficile pour la population l’accès aux droits essentiels comme l’eau,l’énergie, la santé ou le logement. Pourtant l’Algérie est un pays riche quidispose de ressources naturelles importantes : l’utilisation de cette mannefinancière se fait dans l’opacité la plus totale et les richesses du pays sontde plus en plus accaparées par une minorité qui détient aujourd’hui les levierséconomiques et politiques du pays.

A l’issue de cettemission, l’Union syndicale Solidaires s’engage à construire une coopérationpermanente avec les syndicats autonomes algériens, en particulier avec leSnapap et ses différentes branches, pour faire connaître leur situation etleurs luttes, leur apporter une solidarité chaque fois qu’ils seront en butte àtoute forme de discrimination ou de répression et faire avancer les libertéssyndicales en Algérie. Il s’agit aussi d’élaborer ensemble des analyses et desmobilisations communes face aux politiques libérales qui sévissent en Algériecomme en France.

Paris, le 6 décembre 2006


 Rencontres avec les syndicats autonomes de l’Éducation

En répondant àl’invitation du Syndicat National Autonome des Personnels de l’AdministrationPublique (Snapap), la délégation Solidaires a pu constater que la situation du syndicalismeautonome en Algérie était bien plus difficile qu’on ne l’imaginait. Larencontre du représentant de la fédération des syndicats SUD Éducation avec lessyndicats autonomes du secteur n’a pu que confirmer ce constat alarmant.

Les 28 et 29 novembre2006, nous avons pu nous entretenir avec les syndicats suivants :

- Conseil NationalAutonome des Personnels de l’Enseignement Secondaire et Technique,
- Conseil des Lycéesd’Alger,
- Syndicat National desTravailleurs de l’Éducation,
- Syndicat Autonome desTravailleurs de l’Éducation et de la Formation (Satef),
- Conseil National del’Enseignement Supérieur (Cnes) et BCN Cnes (administration et résidencesuniversitaires)
- ainsi qu’avec d’autressyndicats du secteur de la formation, notamment dans le domaine du paramédical.

Pour comprendre leur histoireet les difficultés rencontrées par leurs militants, essentiellement du fait du harcèlementdu pouvoir algérien, il faut préciser que pendant près de 30 ans, del’indépendance en 1963 à 1989, date de modification « démocratique »de la constitution, il existait une seule confédération intersectorielle dessyndicats algériens, l’Union Générale des Travailleurs d’Algérie (UGTA), liéeau parti unique, le FLN.

Les principauxmouvements sociaux, durant les années 80 et 90, furent le fait des étudiantsqui connurent une forte répression. Les militants qui fondèrent les syndicatsautonomes à partir de 1990, dont Rachid Malaoui pour le Snapap, participèrentactivement à ces mouvements.

En 1989 et 1990, lanouvelle Constitution autorisât le pluralisme politique et syndical. Dès 1989,les autonomes déposèrent leur demande d’agrément auprès du gouvernement, c’estainsi que naît le Satef, le premier dans l’éducation à obtenir l’autorisationdu pouvoir. Mais les événements du début des années 90 et la guerre civile, àpartir de 92, vont sonner le glas de cette période de démocratisation desinstitutions, avec notamment l’instauration de l’état d’urgence, toujours envigueur aujourd’hui !

C’est en invoquantcelui-ci que le gouvernement entend briser depuis tous les mouvements sociauxen Algérie, les déclarant illégaux en tant que menaces à l’ordre public, bienque la constitution les autorise !

Dans le secteur del’éducation, de nombreux mouvements ont eu lieu depuis les années 90 qui ontconnus leur apogée en 2003 et 2004.

Les revendicationsconcernent :

- les salaires (unenseignant gagne environ 200 euros par mois après une dizaine d’annéesd’exercice alors que le niveau de vie à Alger est presque l’équivalent de celuide Marseille),

- les conditions detravail,

- la reconnaissance deleur représentativité à laquelle est liée l’autorisation de se réunir, delancer des préavis de grèves ou des actions. Cette représentativité est réelle.Par exemple, en 2003, quand les autonomes entamèrent leur mouvement à Alger leCla et le Cnapest estiment que 94% des enseignants du secondaire semobilisèrent. Les autonomes sont maintenant présents sur tout le territoire algérienet ont étendu les coordinations, au départ informelles, à l’ensemble des villesdu pays.

- La répression et le harcèlementdu pouvoir en retour a pris de multiples formes :
suspensions des « têtes » des bureaux des syndicats, sans traitement(pour certains, cela fait plusieurs années),
procès interminables et prolongés le plus longtemps possible, avec les frais dedéfense que cela implique,
gardes à vues, menaces physiques et harcèlement moral par les hommes dugouvernement ou les gros bras de l’UGTA qui n’entendent pas se laisserdépouiller de leurs privilèges (bien que certains autonomes affirment qu’ilexiste des franges non inféodées et militantes dans cette fédération, point quine fait pas consensus entre eux)…

Le gouvernement faitégalement traîner l’examen des dossiers de représentativité et s’efforce decorrompre les membres des bureaux des autonomes. Quand il ne peut lescontrôler, il favorise la création de bureaux parallèles afin de discréditerces syndicats et d’empêcher leur développement. Toute réunion dans les lieuxpublics leur est interdite, certains se sont vus retiré leurs locaux. Lesautonomes doivent fonctionner sans moyens, ce qui ne représente pas le moindredes handicaps surtout quand il faut faire face au harcèlement judiciaire.Enfin, pour exemple, quand la délégation Solidaires est arrivée dans les locauxquasi-clandestins du Snapap, les lignes téléphoniques ont soudainementrencontré des « dérangements temporaires »…ce qui semble absurde dansla mesure où leurs membres communiquent par portables. Tous les moyens sontbons, donc, sans parler de l’omniprésente surveillance de la police…

Nos camarades nous ontinvités pour que nous puissions témoigner de la situation de négation deslibertés syndicales en Algérie, leur demande de solidarité internationale esttrès forte. On comprend que cela représente un moyen de limiter les ardeursantisyndicales du pouvoir, comme nous l’ont également confirmé les journalistesindépendants d’El Khabar et d’El Watan. Ceux-ci, par leur vigilance,constituent la seule chance des syndicats autonomes et plus généralement desforces démocratiques en Algérie de ne pas subir une répression encore pluslourde.

Nous saluons le couragede nos camarades autonomes algériens, et nous les assurons de notre soutien. Ildoit aller de soi que ces premières rencontres seront suivies d’efforts pourconsolider les liens ainsi noués. Le syndicalisme européen doit reposer sur unevision élargie de l’Europe, les attaques libérales que nous affrontons cheznous ont également lieu de l’autre côté de la Méditerranée. Lessystèmes éducatifs algériens, semblables aux nôtres, sont également en proie àun démantèlement libéral, comme en témoigne le projet du gouvernement algériende transfert des secteurs de la formation vers le privé dans les semaines àvenir. Il y a fort à parier que cela servede test pour l’application future de ce projet dans nos pays…


 Rencontre avec le syndicat des finances du Snapap

Les militants desfinances du Snapap nous ont dressé un tableau édifiant de ce ministère« sensible » car responsable de la collecte de l’impôt. Confrontés làaussi à la répression syndicale ils ont beaucoup de mal à développer leurscritiques face à une administration qui privilégie de façon honteuse les hautsrevenus du pays. Appliquant le système de prélèvement d’office pour lessalariés, l’État Algérien s’est doté d’une fiscalité injuste qui pèse lourd surles faibles revenus. Les impôts indirects ont un poids bien plus important queles impôts directs. L’administration est gangrenée par la corruption, lesyndicat nous a cité la réponse d’un haut responsable« dissident » : « que voulez-vous que l’on change ?Tout le ministère ? ».

L’administration desfinances est répartie en sept grandes directions générales : les impôts,les domaines, le budget, le trésor, les douanes, la planification et lecadastre. Elle est en principe surveillée par la Cour des comptes. Denombreuses directions sont comme en France décentralisées. Les centresfiscaux sont répartis sur l’ensemble du territoire algérien.

Le Snapap finances estla principale force syndicale même si certains agents n’osent pas dire qu’ilsappartiennent à cette organisation de peur de représailles. Du coup, noscamarades constatent une démobilisation qui les inquiète.

La gestion des carrièresest décentralisée, ce qui rend difficile une mobilisation. Pourtant, grâce auSnapap, les fonctionnaires ont obtenu récemment une augmentation de salaire.Aujourd’hui un contrôleur des impôts algérien perçoit en fin de carrière entre230 et 250 euros. Ailleurs, un ingénieur chimiste bac+5 ne perçoit que 150euros par mois. La moyenne des salaires en Algérie se situe à 120 euros parmois !

Nous avons pu constaterque nos deux administrations des finances sont engagées dans un même processusde réformes qui tend à réduire la présence des services sur le terrain et à lesdétourner de leur rôle fondamental de service public redistributeur derichesses. Le Syndicat national unifié des impôts (Snui) pourrait engager unprocessus d’échanges d’informations sur l’évolution fiscale et l’évolutionsociale, nos camarades algériens étant très demandeurs de ce genred’informations. L’opinion partagée d’une fiscalité pesant sur les pauvres etexonérant les riches devrait nous rapprocher dans nos combats et analyses. Nousdevons manifester notre solidarité envers leur combat pour la reconnaissance dudroit syndical. Nous en sommes convaincus, c’est tous ensemble, libres d’être,libres d’agir, libres de dénoncer que nous pourrons construire un monde plusjuste et plus solidaire.


 Rencontre avec le syndicat de la protection civile duSnapap

Les syndiqués du Snapapet d’autres syndicats autonomes subissent brimades, mises à pied, révocations,pressions, exils et sont dénigrés jusque dans leurs familles. Ils sont hommes,femmes, cadres, ouvriers, infirmiers, pompiers, professeurs des collèges etsont proches ou non du gouvernement. Ce sont les mêmes paroles qui reviennent.Ils ont un courage et une force de caractère qui doivent nous servir de leçon.

Alors que seul lesyndicat unique UGTA représentait les pompiers algériens, en mars 2003, troisagents de la protection civile algérienne décidèrent de constituer la sectionUnion nationale de la protection civile du Snapap. Dès sa création, la sectionfut accueillie favorablement par les agents qui y adhérèrent en masse. Ils sontaujourd’hui 6 800 sur un total de 36 000 agents du corps de la protectioncivile.

La Direction générale de cecorps, après quelques mois de mutisme, reconnaît en mars 2004 l’existence de lasection syndicale suite aux menaces du Snapap d’organiser un« sit-in » devant la Direction générale de la protection civile à Alger. Ladirection finit par accorder des détachements aux membres du bureau national.

Le Snapap a déposé trèsrapidement une plate-forme revendicative portant sur :

* l’augmentation dusalaire de base de 50% par revalorisation du point indiciaire,

* la réduction de l’âgede retraite à 25 ans de service au lieu des 32 actuellement,

* l’ouverture dudialogue avec les véritables représentants des travailleurs.

* la régularisation desprimes et indemnités en retard,

* la Révision du statutparticulier des agents de la protection civile,

* le paiement des heuressupplémentaires (80 heures en moyenne par mois),

* l’installation d’unecommission nationale mixte (syndicat administration)

* la régularisation dela situation professionnelle des personnels,

* la mise à ladisposition des travailleurs de moyens de travail individuels et collectifsd’intervention,

* l’amélioration desconditions de travail et de vie des agents,

* la participation desreprésentants authentiques aux différentes décisions concernant lestravailleurs,

* la prise en charge desvictimes (agents de la protection civile) du tremblement de terre du 21 mai2003.

* la régularisation dessituations des promotions (années 94/95/96/97),

* la répartitionéquitable de la quote-part des œuvres sociales,

* l’augmentation de laprime de la femme au foyer à 2000 D.A. pour les femmes des agents,

* la fixation de la datedu versement des salaires avec fiche de paie,

* la récupération etcompensation des jours fériés,

* l’octroi del’indemnité des malades contagieuses.

En mars 2004, le Snapapdénonce des entraves et des violations de la loi sur les droits syndicaux, lespressions sur les agents qui se trouvent sur la liste, les brimades desreprésentants etc.

En marge de cettesituation, un des problèmes principaux est la gestion des œuvres sociale despompiers qui représente 3% du total de la masse salariale et dont ne profitequ’une infime proportions d’agents de la protection civile. Les membres duSnapap demandent que des représentants de leur syndicat participent à sagestion et s’appuient pour cela sur un rapport de l’Inspection générale desfinances qui dénonce la gestion non conforme des sommes. La Direction générale aelle-même porté plainte contre la branche UGTA de la protection civile pourmalversation et, depuis, c’est le silence judiciaire.

En août 2004, l’UGTAdemande l’annulation des détachements du Snapap et la fermeture de leur siègenational. La Directiongénérale de la protection civile obtempère. Suite à cela, le bureau nationalSnapap organise en décembre un « sit-in » devant la directiongénérale de la protection civile algérienne à Alger. Le jour même le présidentet le vice-président sont suspendus de leurs fonctions. Le premier s’est depuisexilé en Francesuite à des menaces d’emprisonnement et le deuxième est toujours en attente queson dossier passe en justice. Depuis cette manifestation, beaucoup de membresde la protection civile n’osent plus déclarer ouvertement leurs appartenancesau Snapap et seules quelques personnes revendiquent et militent pour lepersonnel de la protection civile.

D’autres membres dubureau national sont, depuis février 2005, suspendus de leurs activités pourfait de grève suite à l’organisation d’un « sit-in » devant lacaserne pour réclamer la remise en état de la cuisine de leur centre. Malgréune première décision, en juin 2005, de la justice algérienne de relaxe de cesagents et malgré l’arrêt rendu par la cour d’appel de Sidi Bel Abbes, le 4octobre dernier, ceux-ci ne peuvent toujours pas se rendre librement à leurtravail. Les agents suspendus ne perçoivent plus de salaire et vivent avecleurs familles en dépendant de l’aide d’autres syndicalistes ou de parentsproches.

La syndicalistes duSnapap Protection civile souhaitent

* faire connaître auprèsdu monde politique et syndical français ce qui se passe exactement dans lemonde du travail en Algérie,

* le soutien dans leursluttes pour la réintégration des membres du bureau national,

* des informations surles luttes en Franceet des discussions communes sur la stratégie syndicale.


 Rencontre avec le comité des femmes du Snapap

La création d’un comitéde femmes du Snapap date de 2002, suite à l’adhésion de ce syndicat àl’Internationale des services publics (ISP, voir leur site ici). Ce comité apour objectifs d’étendre et de faire respecter les droits des femmestravailleuses mais aussi d’assurer la place des femmes dans le syndicat.

Jusqu’à sa mise enplace, les travailleuses de la fonction publique - aussi nombreuses que leshommes - étaient peu syndiquées. Le comité national a donc décidé de faire dela syndicalisation des femmes l’une de ses priorités, afin d’intégrer lesquestions femmes dans l’activité quotidienne des syndicats et de permettre auxtravailleuses d’y militer. Des comités femmes ont été créés au niveau régionalmais surtout local, c’est-à-dire dans chacune des 48 wilayas (départements).L’intérêt de ces comités locaux est qu’ils sont ouverts aux non adhérentes. Leurrôle est comparable à celui d’une section syndicale. C’est par leur biais quele Snapap a réussi en quelques années à augmenter le nombre de syndiquées et leSnapap compte aujourd’hui treize femmes au Bureau national des femmestravailleuses du syndicat.

Outre les aspectsrevendicatifs, le comité met en œuvre des actions de formation en lien avec lafondation Friedrich Ebert (1). En 2006, il a organisé des séminaires régionauxet des formations ouvertes aux militantes femmes du Snapap, à différents niveaux,portant sur la violence contre les femmes, l’enfance et la violence, le harcèlementdans l’administration, la presse, la femme et le syndicalisme, la communicationpar et pour les femmes, la négociation, la médiation et l’arbitrage, lacollecte d’information et la conduite des projets, les textes de lois, leséléments pour l’analyse des conflits.

Ces thèmes ont étéélaborés suite à un questionnaire des femmes portant sur le recensement desentraves, des atteintes et problèmes socioprofessionnels subis par lestravailleuses.

Les échanges entre nosdeux syndicats ont porté essentiellement sur les outils des unes et des autresface à ce qui traverse sans encombre la méditerranée, c’est-à-dire lesinégalités entre les femmes et les hommes au travail : la ségrégationprofessionnelle, le plafond de verre (2), les inégalités salariales, laprécarité, la répression accrue en cas de militantisme syndical, les remises encause des droits acquis - notamment sur le congé maternité, axe revendicatifprioritaire en 2007 pour le Snapap. L’idée est de pérenniser ces échanges parla mise en commun de nos actions, l’envoi de brochures, des programme d’actionet de formation, des plates-formes revendicatives,la rencontre dans des espacescommuns comme les forums sociaux, notamment méditerranéens.

2. On appelle« plafond de verre » la barrière discriminatoire invisible rencontréepar certaines personnes dans leur déroulement de carrière, en raison notammentde leur sexe ou de leur origine.

Le 2 décembre 2006, dansAlger Hebdo, est parue une photo de grévistes de la faim installésdepuis 32 jours sur le parvis de la centrale syndicale UGTA, courroie detransmission du pouvoir. Ces salariés de l’entreprise de transports ETUSA ontfinalement été « délogés » par la police à la demande du secrétairegénéral de la Fédérationnationale des travailleurs des transports (FNTT-UGTA). Voilà qui illustre lesdifficultés des travailleurs algériens à se faire entendre de la toutepuissante UGTA.

Le même jour dans l’Expression,Annick Coupé, au nom de Solidaires, souligne « qu’il y a urgence àcréer un syndicat fort capable de défendre les intérêts des travailleurs ».

Nombreux ont été lesjournalistes algériens à rendre compte de la conférence de presse organisée ausiège du Snapap faisant le constat des rencontres entre la délégation deSolidaires et les syndicats autonomes algériens.

Le Jeune Indépendanttitre « le syndicalisme d’accompagnement des réformes est un échec »,reprenant les propos de la porte-parole de Solidaires sur la façon dont l’UGTApense limiter les dégâts en accompagnant les réformes libérales.

La plupart des journaux algériensont repris les accusations du Snapap sur « la mascarade d’un pactenational économique et social de quatre ans n’ayant pas été négocié avec lespartenaires sociaux réellement représentatifs ». Notant que Solidairesestime « qu’il y a volonté du pouvoir d’étouffer l’expression syndicalelibre et autonome » ils reprennent également les propos contre « certainscercles politiques et médiatiques français qui font le jeu du pouvoir algérienen installant un mur de silence autour de la répression des syndicalistesautonomes algériens ».

Le Jour d’Algérietitre sobrement « la situation syndicale s’est dégradée » avant debrosser le tableau du combat des différents syndicats autonomes algériens dans la Fonction publique. « Entraves,harcèlements et suspensions caractérisent le monde du travail » écrit Libertéqui souligne par ailleurs que cette rencontre Snapap – Solidaires servira debase à des actions syndicales communes dans un contexte de solidaritéinternationale.


 Algérie : soutien aux enseignants contractuels engrève de la faim

Depuis le 15 juillet,plusieurs dizaines d’enseignants contractuels, hommes et femmes, ont engagé unegrève de la faim à l’initiative du Conseil national des enseignantscontractuels du SNAPAP (Syndicat national autonome des personnels del’administration publique). Certains sont contractuels depuis 14 ans !

Venus de différentesvilles d’Algérie, ils sont déterminés à aller au bout de leurs revendicationscar il n’est pas acceptable de les maintenir dans cette précarité, néfaste poureux, pour leurs conditions de travail et néfaste pour la qualité del’enseignement donné aux jeunes générations.

L’ Algérie est un paysriche mais cette richesse est confisquée par une minorité au pouvoir. Lesinégalités sont de plus en plus grande et la misère de plus en plus criante.

L’Union syndicaleSolidaires apporte tout son soutien aux grévistes de la faim et à leur syndicatet exige du gouvernement algérien qu’il réponde enfin à leurs revendications.