Chargement de la page en cours... 


La loi de finance en 2008

la loi de finance en 2008 en algerie auteur HOUARI Kaddour

 

la loi de finance en 2008 en algerie  auteur HOUARI Kaddour

 

loi de finances n’est qu’un document comptable statique. Et pour comprendre sa portée, il est utile de la replacer dans le cadre de la dynamique à la fois politique, économique, sociale et culturelle de chaque pays incluant le volet historique car le résultat de 2007 est l’aboutissement d’un long processus historique de toutes les politiques socio-économiques de 1963 à nos jours en algerie.

Les caractéristiques fondamentales de la loi de finances 2008

1.- Au préalable, il est utile de préciser que cette loi se fonde sur les identificateurs socioéconomiques gouvernementaux qui sont les suivants : produit intérieur brut 8.460,5 milliards de dinars en 2007, soit presque 120 milliards de dollars US contre 3.238,2 milliards de dinars 1999; les importations de 21,4 milliards de dollars contre 9,7 en 1999 dont 4,5 milliards de dollars de factures alimentaires; les exportations de 54,6 milliards de dollars US dont 53,6 milliards de dollars hydrocarbures; une dette extérieure de 4,6 milliards de dollars, soit 4% du PIB, contre 28 en 1999 (58% du PIB) avec pour objectif fin 2007, 3,7% en 2007; des réserves de change de plus de 39 mois d’importation contre 4,6 en 1999, allant vers 100 milliards de dollars fin 2007, dont 43 milliards de dollars placés en bons de Trésor américain à 5% et plus de 10 dans banques internationales cotées appelées AAA (rappelant la dépréciation du dollar de plus de 47% par rapport à l’euro ces 7 dernières années); le taux de chômage serait de 12,3% en 2006/2007 contre 27,3% en 2001. Dans ce contexte, la loi de finances 2008 se fonde sur le cours d’un baril de 19 dollars US donnant ainsi 35% de déficit budgétaire. Mais si l’on prend un cours moyen de 70 dollars le baril, le déficit est ramené à 3% du PIB et en excédent pour 75 dollars. La raison invoquée est une plus grande rigueur budgétaire, stériliser les liquidités au niveau de la Banque d’Algérie afin d’éviter toute dérive inflationniste, de dynamiser le fonds de régulation qui, pour fin 2006, s’établit à 3.000 milliards de dollars US, devant ramener la dette interne publique estimée à environ 1.800 milliards de dinars fin 2006, à 1.200 milliards de dinars fin 2007 et 500 milliards de dinars fin 2009. Notons dans cette loi, l’assainissement des déficits des APC estimés à environ 150 milliards de dinars, d’où l’urgence d’imaginer une refonte de la fiscalité locale. Et les 166 milliards de dinars pour la nouvelle augmentation des salaires de la fonction publique qui ne peut expliquer l’inflation actuelle du fait que cette augmentation n’a pas encore eu lieu, l’explication fondamentale étant l’envolée des dépenses improductives et la mauvaise gestion. Cependant, le problème posé est le suivant : en épongeant toutes ces dettes, comme cette politique de subventions, sans cibler ceux qui ont le plus besoin, et en ne s’attaquant pas à son essence, ne risque-t-on pas, comme l’assainissement des entreprises publiques qui ont coûté au Trésor public plus de 40 milliards de dollars US entre 1991 et 2007 et il est prévu 4 milliards de dollars UIS (loi de finances 2008), de reproduire les mêmes effets à terme, c’est-à-dire le retour à la case de départ, le blocage étant d’ordre systémique.

 2.- Deuxièmement, l’on table sur des taux de croissance de 5,8% global et 6,8% hors hydrocarbures dynamisés essentiellement par le BTPH et certains segments des services, qui n’ont pas tous un caractère utile comme dans les pays développés, favorisant la création de la valeur ajoutée, moins de 5% des PMI/PME en Algérie sont informatisées. Outre qu’entre 2006 et 2007, la part des hydrocarbures brut ou semi-brut (la pétrochimie créatrice de valeur ajoutée et inductrice d’emplois n’étant pas encore lancée) dans le PIB, avoisine 40/50%, cela est tiré par l’effet des dépenses publiques avec des infrastructures clefs en main souvent mal matures et mal ciblées dont des projets voient des réévaluations incessantes, parfois plus de 300%, et l’importance des dépenses improductives. Cela est démontré par le poids des indépendants, la masse salariale dans le PIB administration et services plus de 60% de la masse salariale globale, laissant aux segments utiles une part négligeable si l’on comptabilise les sureffectifs dans les autres segments et tout cela tiré essentiellement par les dépenses publiques via les recettes des hydrocarbures. Je rappelle qu’en 2006/2007, les pouvoirs publics avaient prévu dans leurs lois de finances presque le même taux alors que, selon les organisations internationales, il a été établi à 2,8% en 2006 et à environ 4% en 2007, en contradiction avec l’importante enveloppe du plan de soutien de la relance économique (2004/2009) qui est passée de 55 milliards de dollars en 2004 à plus de 180 milliards de dinars fin 2007. Or, le fondement de l’économie de marché véritable se base sur l’entreprise privée nationale et internationale créatrice de valeur, la concurrence, l’Etat de droit, la bonne gouvernance, et donc le respect du contrat, qui remplacent les relations informelles non transparentes, la dominance de la sphère privée utile avec un rôle important et stratégique pour l’Etat régulateur. Or, depuis 1986 (date où les recettes pétrolières ont chuté d’environ 2/3), entraînant une profonde crise économique, sociale et politique, à fin 2007, l’Algérie est toujours dans cette interminable transition, d’où la difficulté de la régulation comme en témoignent les expériences malheureuses de l’importation de la pomme de terre, la baisse de la TVA n’ayant pas eu tous les effets escomptés, et elle ne pouvait en avoir car raisonnant dans le cadre d’une économie administrée qui n’existe plus du fait de l’entrée de nouveaux acteurs avec le risque de passage d’un monopole public à un monopole qui est l’antinomie d’une véritable économie de marché .

 3.- La loi de finances 2008 prévoit un taux d’inflation de 3%, en réalité taux plus élevé, et nos responsables devraient faire le marché. Mais selon les concepteurs de la loi de finances, cet effet serait contrebalancé par les réductions des tarifs douaniers (introduction de la 2ème phase de l’Accord qui lie l’Algérie à l’Union européenne pour une zone de libre-échange), 10% de janvier à août 2008 et de 30% de septembre à décembre 2008. Pourtant, comme j’ai eu à l’affirmer au cours des deux débats, outre que plus de 60% de nos importations se font en euros et 98% de nos exportations en dollars, mais cela n’est pas propre à l’Algérie, et qu’il faille reconnaître la flambée des prix de certains produits au niveau mondial, il y a lieu de reconnaître que n’existe pas à la fois une politique économique de relance de la production interne et une politique salariale fiable, mais des replâtrages conjoncturels sous la pression des événements du fait du manque de visibilité et de cohérence de la réforme globale en panne. Or le SMIG est à environ 120 euros, le salaire d’un professeur d’université en fin de carrière est d’environ 500 euros et 780 euros avec la nouvelle grille des salaires (passant du 1/4 au 1/3 de ses collègues maghrébins, donc une concrétisation de la dévalorisation du savoir, qui est pourtant le fondement du développement du XXIème siècle, au profit de traitements de rente. Et selon les enquêtes du CNEAP, les ménages consacrent environ 60% de leur budget aux dépenses alimentaires, avec seulement 10% pour la viande, traduisant une sous-nutrition, expliquant en partie par la consommation excessive de médicaments, avec un endettement croissant des ménages qui a connu une ascension spectaculaire entre 2005/2007 (emprunts, voitures, logements, électroménagers), amenuisant leur pouvoir d’achat à terme (un prêt de 100 au bout de 5 ans l’on rembourse entre 130 et 150 selon le cas). Par ailleurs, le besoin étant historiquement daté, cela renvoie à l’urgence de revoir le panier de consommation qui préside à l’élaboration de l’indice de l’inflation totalement dépassé, déterminant pour savoir si oui ou non l’on assiste à un amenuisement du pouvoir d’achat.

 Ce d’autant plus que le revenu global de la comptabilité nationale et le PIB global ont une signification limitée et l’important est d’analyser la destination par couches sociales selon l’importance des strates fonction de l’évolution de la population algérienne. Car la disposition, la réduction de la pression fiscale sur les revenus faibles, a une portée limitée ne concernant qu’une tranche limitée des salariés mais avec le risque d’un nivellement par le bas et privilégier les couches rentières au détriment des couches utiles.

Les obstacles à la réussite de la réforme globale

Il y a unanimité sur le constat de l’effritement du système national d’information, d’où l’urgence de son redressement tant pour la crédibilité nationale qu’internationale de notre pays (2). Comme il est admis et cela s’enseigne à la première année de licence en économie, que l’amélioration du pouvoir d’achat passe par une croissance soutenue hors hydrocarbures avec un taux de 7/8% sur 10 années couplé avec une politique salariale soutenant les segments utiles pour plus de production et de productivité, dans le cadre des nouvelles mutations mondiales, et non rentiers, conciliant efficacité économique et équité pour plus de cohésion sociale, si l’on veut combattre efficacement le chômage et la pauvreté. Cela renvoie toujours à la levée des contraintes d’environnement, à l’urgence d’une cohérence dans la démarche de la réforme globale au sein de l’espace euro-méditerranéen et arabo-africain, espace naturel de l’Algérie, cibler les créneaux à avantages comparatifs en imaginant non pas une politique industrielle globale largement dépassée, vision de l’économie administrée, mais celle d’une politique de l’entreprise dont les organisations actuelles sont en réseaux, tenant compte des mutations profondes du système mondial, basées sur la connaissance et les besoins de plus en plus personnalisés loin des organisations hiérarchiques, ère du XXème siècle, qui se fondaient sur la matérialité. Car les réserves de change ne sont pas un signe de développement car dues à des facteurs exogènes. Pour preuve, on importe presque tout et les exportations hors hydrocarbures ont été moins de 2% entre 2006 et 2007 malgré un taux de change environ 90/100 dinars un euro, et 70 dinars un dollar montrant les rigidités structurelles et la difficulté de l’émergence de l’entreprise (et des compétences qui la fondent) seule créatrice permanente des richesses du fait des contraintes d’environnement (système financier, foncier, non adaptation de la formation, bureaucratie, corruption socialisée), en fait une gouvernance mitigée du fait qu’existe un lien dialectique entre la gouvernance globale et la gouvernance de l’entreprise. Pour preuve, l’importance de la sphère informelle, produit de la bureaucratie centrale et locale, entretenant des relations complexes de corruption, qui draine plus de 40% de la masse monétaire en circulation, selon deux méthodes de calcul, entre 600 et 800 milliards de dinars du PNB avec une intermédiation financière informelle limitant la cohérence de la politique économique globale. Comme nous assistons à la dominance du cash pour plus de 80% dans les importations et la fiscalité pétrolière qui avoisine les 75% moyenne 2006/2007. Dans ce contexte, les rapports internationaux 2007/2008 concernant l’Algérie mettent en relief des dysfonctionnements importants, reflets de la panne de la réforme globale où l’économique, le politique, le social et le culturel sont intiment liés. Ainsi, le classement de World Economic Forum 2007/2008 (Davos) qui porte sur un sondage de 11.000 chefs d’entreprise dans 131 pays pour 2007/2008, l’Algérie perd 4 places par rapport à 2006/2007. L’Algérie occupe la 81ème place sur 131 pays recensés, la Tunisie 32ème, le Maroc 64ème, l’Egypte 77ème, la Syrie 80ème et la Libye 88ème. L’Algérie a obtenu une mauvaise note, notamment en matière d’efficacité du marché de la main d’oeuvre (124ème place), du marché financier (127ème place), du développent technologique (105ème) et enfin le climat des affaires (114ème place) - école primaire et santé, 67ème rang; enseignement supérieur, 94ème rang, corroborant le dernier classement international de l’Université de Shanghai des meilleures universités à travers le monde où l’Algérie est classée 6.995ème sur 7.000, soit parmi les cinq derniers dans le monde. Le rapport de septembre 2007 de « Doing Business », l’Algérie est classée pour le climat des affaires à la 125ème position sur 178 pays contre 116ème position en 2006/2007 reculant de 9 points. Dans un autre rapport, « Trade Logistics in the Global Economy » de novembre 2007 enquête sur 150 pays sur 800 transitaires déterminant la capacité d’accéder aux marchés internationaux pour expédier les marchandise, pour l’efficacité des procédures de dédouanement et autres autorités frontalières, elle est classée 148ème (le dernier étant l’Afghanistan). En ce qui concerne la logistique commerciale, rapport de la Banque mondiale de fin 2007, l’Algérie est classée 140ème sur 150, devançant uniquement des pays pauvres comme le Togo, le Niger ou l’Afghanistan. Lié à cet aspect, le coût à l’export (en dollars par container) : Algérie 1.886 dollars contre 883 pour l’OCDE, soit plus de 50% de surcoût et le coût à l’importation, dollars par container, est pour l’Algérie de 1.606 et seulement 811 dollars pour l’OCDE, soit également 50% de surcoût. En ce qui concerne le taux de chômage, selon le rapport du FMI de 2007, sans le travail informel, serait de 22% en 2004, 21% en 2005 et 20% en 2006, la probabilité d’être chômeur augmentant avec le niveau de qualification. En matière de corruption, lié à l’Etat de droit et à la bonne gouvernance, Transparency International dans son rapport de 2007, l’Algérie qui était classée à la 84ème position en 2005/2006, régresse à la 99ème position en 2006/2007. Pour l’organisme financier de référence, The Economist, en matière de la maîtrise urbanistique, de services culturels, d’hygiène et d’environnement, l’Algérie était classée à la 125ème position en 2005 et régresse à la 129ème position en 2006. Et pour clôturer, récemment en termes d’ouvertures économiques, selon l’Institut américain CATO, l’Algérie est classée pour 2007 en 120ème position sur 123 pays recensés et, selon Héritage Fondation, classement publié en collaboration avec le journal financier de référence mondial, le Wall Street Journal, l’Algérie se classe 137ème sur 157 pays, l’économie algérienne étant une des économies les moins libres dans le monde avec la République du Congo, le Zimbabwe et la Birmanie. Quant à l’indice de développement humain réalisé par le PNUD, beaucoup plus fiable que le PNB par tête d’habitant, incluant les aspects sociaux (éducation, santé), l’Algérie pour 2006 est classée 102ème sur 170 contre 103ème place en 2005.

 En résumé, pour améliorer le pouvoir d’achat des Algériens durablement, il est urgent d’éviter les replâtrages et d’accélérer la réforme globale en tenant compte de la mondialisation, car le principal défi du XXIème siècle pour l’Algérie sera la promotion des libertés économiques, sociales, culturelles et politiques par la maîtrise du temps. C’est la condition sine qua non pour une croissance véritable devant passer d’une société de rente à une société reposant sur le travail et l’intelligence, et ce, afin atténuer le chômage et la pauvreté. AM le 02 janvier 2008.